La Banque mondiale a dressé, dans son dernier rapport, un diagnostic sévère de la gouvernance des entreprises publiques congolaises, mettant en lumière leurs contre-performances.
Selon l’institution de Bretton Woods, la dette globale du portefeuille public est passée de 5,7 % du PIB en 2019 à 7,3 % en 2023, soit environ 42 % de la dette extérieure publique.
La situation est particulièrement préoccupante pour la Gécamines, qui concentre à elle seule 16 % de cette dette.
Dans un entretien accordé ce lundi 30 mars à Mediacongo Press, Eric Mboma, expert en services financiers, ressources naturelles et infrastructures, appelle à dépasser une approche purement corrective afin d’engager une transformation structurelle de l’entreprise publique minière.
Si la Banque mondiale préconise des réformes, il les juge nécessaires, mais insuffisantes. Selon lui, la clé réside dans une vision stratégique clairement assumée par l’État actionnaire.
Une contre-performance structurelle
Pour Eric Mboma, les difficultés de la Gécamines ne relèvent pas d’une conjoncture défavorable, mais d’un problème plus profond : un désalignement entre les ambitions de l’État et les réalités opérationnelles.
« Les contre-performances sont structurelles », insiste-t-il.
Gouvernance insuffisante, financement inadapté, manque de transparence : autant de facteurs qui empêchent l’entreprise de jouer pleinement son rôle économique, malgré un potentiel minier considérable.
L’enjeu, précise-t-il, ne se limite pas à redresser les comptes ou à rationaliser la gestion, mais consiste à repositionner la Gécamines comme un instrument de souveraineté économique. Il s’agit, en d’autres termes, de transformer un passif structurel en levier de puissance.
Des modèles inspirants
L’expert cite plusieurs exemples d’entreprises publiques ayant réussi leur transformation, notamment Saudi Aramco en Arabie saoudite, Codelco au Chili et OCP Group au Maroc. Leur point commun : un État stratège capable d’aligner gouvernance, investissements et objectifs industriels sur le long terme.
Ces entreprises sont devenues des piliers de leurs économies nationales, tout en restant compétitives à l’échelle internationale.
Une réforme en profondeur
Pour la République démocratique du Congo, la transformation de la Gécamines passe, selon Eric Mboma, par plusieurs leviers : la définition d’une doctrine claire de l’État actionnaire, l’amélioration de la gouvernance et de la transparence, des investissements ciblés dans les actifs stratégiques, ainsi que le développement de compétences clés, notamment commerciales, techniques et géologiques.
Des signaux positifs existent, souligne-t-il, mais ils restent fragmentés et insuffisamment coordonnés pour produire un véritable effet de rupture.
Des défis à relever
La mutation de la Gécamines ne sera pas sans obstacles. L’expert évoque notamment les risques d’inaction, les tentations de transposer mécaniquement des modèles étrangers, ainsi que les résistances internes au changement.
Pour réussir, l’entreprise devra évoluer vers un modèle discipliné, capable de maîtriser ses ressources, ses données et ses partenariats dans un environnement mondial de plus en plus concurrentiel.
Dans un contexte marqué par la transition énergétique et la forte demande en minerais stratégiques, la Gécamines pourrait redevenir un acteur central, à condition que l’État congolais assume pleinement son rôle de stratège, conclut-il.
Autrefois fleuron minier de la RDC, l’entreprise est devenue, au fil des années, en perte de vitesse.
Djodjo Vondi















