lundi, mai 11, 2026
contact@congo-press.com
A la uneprioriteSociété

CSAC : quatre ans d’asphyxie organisée

26Views

Depuis quatre ans, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) traverse une crise devenue insoutenable.

Ce qui pouvait être présenté, au départ, comme une difficulté budgétaire passagère ressemble désormais à une méthode : laisser l’institution sans moyens, attendre que la situation devienne explosive, engager une petite mobilisation de façade, débloquer un ou deux mois de fonctionnement, puis replonger le régulateur dans l’abandon.

Ce cycle est désormais connu. Il se répète. Il épuise les agents, humilie les membres, affaiblit les services et vide progressivement le CSAC de sa substance institutionnelle.

Pourtant, le CSAC n’est pas un simple service administratif. Il est une institution constitutionnelle d’appui à la démocratie. Sa mission est essentielle : garantir la liberté de la presse, veiller à l’équilibre de l’information, surveiller les médias, prévenir les dérives, lutter contre les discours de haine et contribuer à la qualité du débat public.

Mais comment une telle institution peut-elle remplir efficacement ses missions lorsqu’elle est privée de fonctionnement pendant des mois ? Comment réguler les médias sans moyens logistiques minimums ? Comment organiser les réunions, assurer le monitoring, instruire les dossiers, déployer les équipes techniques ou produire des rapports crédibles sans financement régulier ?

Depuis le début de l’année, selon plusieurs sources internes, le CSAC n’aurait perçu aucun fonds de fonctionnement. Pas un seul franc. Une situation difficilement concevable pour une institution chargée de surveiller un secteur aussi stratégique que celui des médias.

Ce manque chronique de moyens ne peut plus être réduit à une simple lenteur administrative. Lorsqu’une institution est maintenue durant quatre années dans une précarité aussi profonde, la question devient inévitable : s’agit-il encore d’un accident budgétaire ou d’une volonté politique d’affaiblissement ?

Car l’asphyxie financière est une arme silencieuse. Elle ne dissout pas officiellement l’institution. Elle ne modifie pas ses textes. Elle ne proclame pas sa disparition. Elle fait parfois pire : elle laisse l’institution exister en apparence tout en l’empêchant d’agir dans les faits.

Un CSAC sans moyens devient un CSAC décoratif.

Un CSAC décoratif devient un CSAC contrôlable.

Et un régulateur contrôlable cesse d’être un véritable contre-pouvoir démocratique.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse donc la seule question du confort matériel d’une institution. C’est la crédibilité même de l’État démocratique qui est en cause.

On ne peut pas proclamer son attachement à la liberté de la presse tout en privant le régulateur des médias des moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission.

On ne peut pas dénoncer les fake news, les manipulations médiatiques, les discours incendiaires et la désinformation tout en abandonnant l’organe chargé de les surveiller.

Après quatre ans d’asphyxie, les responsabilités doivent être clairement assumées. Le Gouvernement ne peut plus se réfugier derrière les procédures administratives. Le Parlement ne peut plus détourner le regard. Et la Présidence de la République ne peut plus feindre de découvrir une situation connue depuis longtemps.

Le CSAC n’a pas besoin d’une compassion tardive. Il a besoin du respect dû à une institution constitutionnelle. Il a besoin de moyens réguliers, prévisibles et suffisants. Il a besoin d’un financement conforme à ses missions et respectueux de la loi des finances.

Car une démocratie qui affame son régulateur médiatique prépare elle-même le désordre de son espace public.

LM

Laisser un commentaire