Un an après les inondations d’avril 2025 qui ont endeuillé Kinshasa, les habitants reviennent vivre au bord de la rivière N’djili. Faute d’alternative, certains ont construisent des maisons en tolle, tandis que d’autres de nouvelles constructions s’élèvent à quelques mètres seulement de la rivière.
Entre promesses d’aide non tenues, reprise des chantiers et prolifération des dépotoirs sauvages, les causes du drame d’hier demeurent, faisant craindre qu’une nouvelle catastrophe ne soit qu’une question de temps.
Le retour sur des terres encore meurtries

À Masina comme à N’djili, la vie reprend lentement le long de la rivière. Un an après les inondations meurtrières d’avril 2025, des familles regagnent progressivement leurs parcelles, faute de solution durable. Dans le même temps, de nouvelles maisons à étage sont en construction à quelques mètres seulement du cours d’eau.
Sur place, les stigmates de la catastrophe sont toujours visibles. Les murs de plusieurs habitations portent encore les marques de la montée des eaux. Certaines maisons, pourtant lourdement touchées par le courant, sont de nouveau habitées, au vu et au su des autorités compétentes.
« Nous avons été abandonnés »

Pour de nombreux sinistrés, la reconstruction s’est faite sans le moindre accompagnement des pouvoirs publics. Les promesses d’assistance formulées après le drame n’ont jamais été concrétisées pour plusieurs familles.
Jacob Katumba, notable de la commune de N’djili, dénonce des irrégularités dans l’octroi des aides.
« Certaines personnes qui ont reçu de l’argent n’étaient même pas les propriétaires des maisons, mais plutôt des gardiens. Les uns ont reçu 1 000 dollars, d’autres 800 dollars, selon ce que nous avons appris. »
À quelques kilomètres de là, dans le quartier Abattoir, sur l’avenue Ma Vallée, à Masina, Annuarite Nkusu peine encore à retenir son émotion lorsqu’elle évoque cette période.
« Nous avons été déplacés à deux reprises : d’abord au Stade des Martyrs, puis à la 17ᵉ Rue. On nous disait seulement de partir et qu’on penserait à nous plus tard. Jusqu’à aujourd’hui, aucun sinistré de Ma Vallée n’a reçu une quelconque assistance. Nous avons tout perdu. Sur notre avenue, neuf personnes sont mortes. Le gouvernement n’a pris en charge ni les victimes ni les funérailles. Ce sont les familles qui se sont mobilisées pour les enterrer. »
Aujourd’hui encore, certaines parcelles demeurent abandonnées, tandis que d’autres familles ont choisi de revenir malgré les risques.
« Les uns sont revenus, d’autres pas encore. Il y a des parcelles toujours vides et des maisons remplies de saletés. Avant notre retour, l’État devait d’abord désinfecter les lieux. Nous avons tout perdu. Nous demandons simplement aux autorités de penser aussi à nous. »
La rivière N’djili transformée en dépotoir
En longeant la rivière N’djili, un autre constat s’impose : les berges se sont transformées en une vaste décharge à ciel ouvert.
Des tas d’immondices s’étendent sur les deux rives, aussi bien dans les communes de N’djili que de Matete. Toute la journée, des pousse-pousse viennent y déverser des déchets ménagers. D’autres les jettent directement dans le lit de la rivière.
Selon plusieurs riverains, cette pratique est devenue un véritable système. Une somme de 2 000 francs congolais serait perçue sur chaque chargement, une taxe que les habitants qualifient d’illégale et qui serait imposée par certains chefs d’avenue.
Pour Jacob Katumba, le problème dépasse le comportement des habitants.
« Notre problème, ce n’est pas la population, c’est l’État. Où les gens peuvent-ils jeter leurs déchets ? Aucun endroit n’a été prévu. Ceux qui viennent les déverser ici le font parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. Ils paient même 2 000 francs congolais par pousse-pousse. »
Des travaux de prévention déjà contestés
Le notable remet également en cause les opérations de dragage menées sur la rivière N’djili, estimant qu’elles ne répondent pas aux règles techniques.
« Lorsque l’État veut réaliser des travaux, il recrute parfois des personnes qui ne maîtrisent pas ce métier. Ceux qui draguent actuellement la rivière N’djili ne travaillent pas correctement. Avant tout dragage, il faut d’abord effectuer un sondage afin de connaître la profondeur et la configuration du lit de la rivière. Ce travail n’a pas été fait. »
Un an après les inondations qui ont bouleversé des milliers de vies, les cicatrices sont encore visibles sur les murs, dans les mémoires et dans les regards. Pourtant, les causes qui ont aggravé la catastrophe semblent toujours présentes. Entre retour contraint des populations, urbanisation anarchique, insalubrité et absence de réponses durables des pouvoirs publics, la rivière N’djili continue de rappeler que le pire n’est peut-être pas derrière, mais devant.
Joslin Lomba















