Amateurisme, improvisation, défaut de planification et manque de rigueur : des termes qui peuvent paraître sévères pour qualifier le processus ayant conduit à l’absence de la République démocratique du Congo des présélections culturelles des Xe Jeux de la Francophonie. Mais la chronologie des faits et les dysfonctionnements relevés dans le processus d’inscription tendent à leur donner un certain relief.
À l’origine de cette situation, un défaut d’anticipation. Selon les éléments disponibles, le ministère de la Culture n’aurait pas suffisamment intégré les présélections culturelles des Jeux de la Francophonie dans sa planification. Jusqu’au mois de juillet 2025, date de la clôture des présélections culturelles, rien n’avait encore été mis en place. La première alerte aurait ainsi été donnée au mois d’août 2025 soit plus ou moins une année avant le terme de la période consacrée au dépôt des candidatures en retard, laissant peu de marge pour organiser dans les délais les différentes étapes du processus.
Une deuxième relance aurait alors été nécessaire, au mois de février 2026 pour enclencher le mécanisme de préparation de la participation congolaise.
Un processus engagé dans l’urgence
La constitution de l’équipe chargée de l’organisation des présélections n’aurait pas davantage permis de compenser le retard accumulé. Alors que le contexte exigeait une mobilisation rapide de personnes maîtrisant les procédures et les exigences du Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF), la mise en place du dispositif organisationnel aurait donné lieu à plusieurs tergiversations.
Le processus des présélections culturelles a finalement été organisé dans l’urgence entre juin et juillet 2026, les présélections proprement dites en une seule journée, pour les onze disciplines concernées.
Cette concentration des opérations sur une seule journée a laissé peu de temps pour assurer l’ensemble des formalités requises, notamment la collecte, la vérification et la transmission des informations relatives aux artistes et aux disciplines représentées.
Des dysfonctionnements dans la transmission des données
Les difficultés ne se seraient toutefois pas limitées à l’organisation des présélections. La transmission des dossiers au CIJF aurait également été effectuée en dehors des circuits prévus par les procédures établies.
Un point focal avait pourtant été désigné pour assurer la centralisation et la transmission des données de la participation congolaise. Malgré cela, certaines informations auraient été acheminées par d’autres canaux, compliquant leur prise en compte officielle par le CIJF.
Conséquence : les données de la RDC n’auraient pas été officiellement réceptionnées dans les délais requis par l’instance internationale chargée des Jeux de la Francophonie.
La publication de la liste des pays retenus pour les présélections culturelles est venue confirmer l’absence de la RDC, au grand désarroi des artistes congolais qui espéraient renouveler les performances réalisées lors de l’édition de 2023.
De huit médailles en 2023 à l’absence du volet culturel
Cette situation contraste fortement avec la participation de la RDC aux IXes Jeux de la Francophonie organisés à Kinshasa en 2023.
Le pays avait alors remporté huit médailles dans les disciplines culturelles, dont trois en or, sur les onze disciplines retenues. Cette performance avait contribué à mettre en évidence la diversité et le potentiel de la création artistique congolaise.
Trois ans plus tard, la RDC ne devrait donc pas prendre part aux prochaines compétitions culturelles, non pas en raison d’une absence de talents artistiques, mais à la suite d’un processus administratif et organisationnel qui n’aurait pas permis de finaliser sa participation dans les délais.
Une situation qui interpelle
Cette déconvenue intervient dans un contexte particulier pour la RDC, qui porte par ailleurs sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Organisation à vocation notamment culturelle et linguistique, la Francophonie fait des Jeux de la Francophonie un espace de valorisation des talents et des cultures de ses États membres.
L’absence de la RDC du volet culturel des prochains Jeux prive ainsi les artistes congolais d’une importante vitrine internationale, quelques années seulement après une édition organisée à Kinshasa qui avait permis au pays de mettre en avant sa scène artistique.
Au-delà de la non-participation, cet épisode pose donc la question de la préparation, de la coordination administrative et du respect des procédures dans la gestion des grands rendez-vous culturels internationaux.
Pour les artistes concernés, le constat est d’autant plus difficile à accepter que la RDC disposait, après les résultats de 2023, d’une expérience récente et d’un vivier de talents susceptibles de représenter le pays.
La question qui demeure désormais est celle des responsabilités dans cette chaîne de dysfonctionnements et des mesures à prendre pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise lors des prochaines échéances culturelles internationales.
Contactée par MédiaCongo Press afin de recueillir la réaction du ministère de la Culture, la conseillère culturelle n’a pas donné suite à nos sollicitations.
JTI















