Près d’un an après la suspension inattendue des activités de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), la République démocratique du Congo fait face à un vide humanitaire sans précédent.
Dans un pays déjà confronté aux conflits armés, aux déplacements massifs de populations et à une pauvreté structurelle persistante, cette décision a eu des conséquences immédiates et durables. Dans l’Est du pays, des millions de personnes, en particulier les déplacés de guerre, voient leur survie menacée par l’arrêt brutal de financements essentiels.
Un pilier de l’aide humanitaire brusquement retiré
Lorsque l’administration américaine annonce, il y a près d’un an, la suspension des activités de l’USAID en RDC, le choc est immense. L’agence ne figurait pas parmi de simples partenaires : elle finançait environ 70 % du plan d’aide humanitaire national. Son appui, acheminé à travers des ONG locales et internationales, des agences des Nations unies et d’autres partenaires, couvrait des secteurs vitaux tels que la santé, la sécurité alimentaire et nutritionnelle, l’accès à l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement, l’éducation, l’aide humanitaire d’urgence, la gouvernance et la prévention des conflits.
Dès les premières semaines, les organisations humanitaires ont tiré la sonnette d’alarme. Selon Oxfam, environ 500 000 personnes dans l’Est du pays dépendaient directement des programmes financés par l’USAID. Aujourd’hui, les acteurs humanitaires redoutent que près d’un million de personnes voient leur état de santé gravement compromis par l’arrêt de ces services. Plus largement, cette coupure affaiblit la capacité de réponse humanitaire face aux besoins de quelque 22 millions de personnes identifiées comme nécessitant une assistance.
Dans les sites de déplacés, une survie sans aide
Dans l’Est de la RDC, où les combats opposant l’armée congolaise aux rebelles de l’AFC/M23 et à d’autres groupes armés se poursuivent, les déplacés paient le plus lourd tribut. Installées sur des sites improvisés ou dans des quartiers d’accueil déjà surpeuplés, des familles vivent sous des abris de fortune faits de bâches et de planches. L’accès à l’eau potable y est limité, la nourriture insuffisante et les infrastructures sanitaires quasi inexistantes.
« Nous n’avons rien à manger, ni haricots ni sombe [feuilles de manioc, ndlr]. Il n’y a même pas de médicaments. Depuis que je suis ici, la situation est un véritable défi. Cet enfant tombe souvent malade et je ne sais pas comment l’emmener à l’hôpital faute de moyens », témoigne Kahindo Kathuviri Jusmine, déplacée de guerre rencontrée sur le site de l’école secondaire Alpha.
Jeanne Mudogo, une sexagénaire déplacée, fait le même constat : « Il nous arrive de passer toute une journée sans rien manger. Quand nous tombons malades, nous ne savons pas comment nous soigner. Récemment, un déplacé est mort sur le site par manque de médicaments. »
Ces témoignages traduisent la faim, la soif et le sentiment d’abandon vécu par les déplacés, rappelant que derrière une décision politique prise à des milliers de kilomètres, ce sont des vies humaines qui basculent.
ONG étranglées financièrement, projets à l’arrêt
À Beni, dans le Nord-Kivu, plusieurs ONG locales fonctionnent désormais au ralenti. Projets suspendus, personnels licenciés, activités réduites au strict minimum.
« Je travaillais dans le projet PIDEC, financé par l’USAID, lorsque tout s’est brusquement arrêté. Nous avons été les premiers touchés. C’est un chômage brutal qui s’est imposé aux familles concernées », explique Faila Kathaliko, coordinatrice du Projet intégré de développement économique communautaire (PIDEC).
De nombreuses organisations, fortement dépendantes des fonds américains, peinent aujourd’hui à maintenir leurs activités. Certaines ont fermé des centres de santé, d’autres ont abandonné des projets d’accès à l’eau ou de nutrition. Cette situation fragilise non seulement les bénéficiaires, mais aussi la crédibilité et la continuité de l’action humanitaire sur le terrain.
Un système humanitaire fragilisé face à des besoins immenses
La crise actuelle met en lumière la forte dépendance du système humanitaire à quelques grands bailleurs internationaux. Pour plusieurs analystes, le retrait de l’USAID agit comme un révélateur de cette fragilité structurelle.
« Il est temps que le gouvernement congolais prenne ses responsabilités. Le pays ne peut pas reposer uniquement sur l’aide extérieure. Nourrir la population et garantir l’accès à l’eau potable et aux soins sont des droits consacrés par la Constitution », plaide Joseph Sabuni, cadre de la société civile à Beni.
Il appelle également à la solidarité : « Aux personnes de bonne volonté et aux partenaires internationaux, venez en aide aux plus vulnérables. »
Qui pour combler le vide laissé par l’USAID ?
Un an après le retrait de l’USAID, la question demeure entière. La société civile interpelle le gouvernement sur sa responsabilité de protéger ses citoyens et d’investir davantage dans les secteurs sociaux de base. Elle appelle également la communauté internationale à ne pas détourner le regard d’une crise humanitaire profonde, bien que peu médiatisée.
En attendant des réponses concrètes, dans l’Est de la RDC, des millions de déplacés continuent de lutter chaque jour pour leur survie, dans une crise silencieuse qui menace de s’aggraver.
Delphin Mupanda / MCP, Nord-Kivu















