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mardi, février 3, 2026
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Beni : la rupture des médicaments antilépreux ravive la peur d’une résurgence de la lèpre

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La ville de Beni, dans la province du Nord-Kivu, fait face à la lèpre, une maladie pourtant guérissable, qui continue de rimer avec souffrance, exclusion et inquiétude sanitaire. La stigmatisation sociale persistante, combinée à une rupture prolongée des médicaments antilépreux, plonge les malades dans un profond sentiment d’abandon, tandis que les autorités sanitaires locales redoutent une propagation de la maladie au sein de la communauté.
À Oïcha, dans le territoire de Beni, la lèpre ne se limite pas à ses conséquences médicales. Elle brise des vies, isole les patients et les expose à un rejet souvent cruel. À la léproserie d’Oïcha, au moins 28 personnes vivent actuellement avec cette maladie et bénéficient d’une prise en charge gratuite. Mais depuis près d’un an, l’espoir de guérison s’amenuise : les médicaments essentiels sont introuvables.
« J’étais arrivé ici en rampant »
Kambale Mwatsi, l’un des patients pris en charge à la léproserie, raconte un parcours marqué par la souffrance physique et morale.
« Aujourd’hui, je me sens un peu en forme. Mais au début, j’étais arrivé ici avec des malformations physiques, me déplaçant sur les fesses comme les petits enfants. Aujourd’hui, je me suis relevé et j’ai commencé à marcher avec des béquilles », témoigne-t-il.
Comme lui, de nombreux malades évoquent une vie bouleversée par l’exclusion, parfois même au sein de leurs propres familles. Une réalité d’autant plus difficile à accepter que la lèpre est aujourd’hui une maladie totalement guérissable lorsqu’elle est traitée à temps.
La maladie, puis le rejet
Fataki Kapitula, une trentaine d’années, originaire de Biakato dans le territoire de Mambasa (province de l’Ituri), suit un traitement depuis près de cinq ans. Mais plus que la maladie, c’est la stigmatisation qui l’a profondément marqué.
« Quand je suis tombé malade, j’avais des crampes dans les bras. Je pouvais toucher sans rien sentir. La famille me rassurait en disant que c’était une maladie qui se traite. Nous ne savions pas que c’était la lèpre », raconte-t-il.
Avec le temps, apparaissent les malformations des doigts et des orteils, ainsi que des plaies incurables. Le diagnostic tombe à l’hôpital, suivi de son transfert à la léproserie d’Oïcha.
« Après cela, la famille ne se souciait plus de moi. On me lançait des paroles pour me stigmatiser. Cette maladie épuise toute la force. On peut même échouer à tenir un gobelet en main », poursuit-il.
Grâce au traitement, il reprend progressivement des forces, avant de faire face à une nouvelle épreuve : la rupture des médicaments.
« Aujourd’hui, les nouveaux cas ne sont plus pris en charge ici, ils sont transférés ailleurs », regrette-t-il.
Une rupture depuis la chute de Goma
Selon les responsables sanitaires, la léproserie d’Oïcha fait face à une rupture totale des médicaments antilépreux depuis 2025. Une situation qui paralyse la prise en charge des nouveaux patients.
« Les médicaments nous arrivaient d’Europe jusqu’à Kinshasa, puis étaient acheminés via l’aéroport de Goma. Depuis la prise de l’aéroport, nous connaissons de sérieuses difficultés », explique Kyusa Kambale Nely, infirmier responsable du service de la lèpre à l’Hôpital général d’Oïcha.
Faute de traitements, les malades en cours de suivi ont dû interrompre leur prise en charge, tandis que les nouveaux cas sont systématiquement orientés vers l’Ouganda.
« Pour l’année 2026, nous avons déjà enregistré un cas transféré en Ouganda. Depuis la rupture du stock, six nouveaux cas ont été recensés », précise-t-il.
Une urgence sanitaire et sociale
Pour les soignants, le danger est réel. « La lèpre est une maladie guérissable, mais non traitée, elle devient un danger pour la communauté. Elle se transmet facilement par contact, et nous risquons une recrudescence des cas, voire une épidémie difficile à contrôler », alerte Kyusa Kambale Nely.
Il plaide pour une recherche active des cas dans la communauté, convaincu que de nombreux malades restent cachés par peur de la stigmatisation. Mais sans médicaments ni moyens, cette stratégie reste difficile à mettre en œuvre.
Une structure historique fragilisée
Dans la région de Beni, alors que plusieurs patients atteints de la lèpre étaient autrefois recensés, seuls 28 sont aujourd’hui pris en charge à la léproserie de Mbimbi, à Oïcha. Ce résultat est le fruit du dépistage précoce et de la décentralisation des soins.
Fondé en 1950 par les colons belges, le léprosarium de Mbimbi était considéré comme le deuxième plus grand au monde après celui de l’Inde. Aujourd’hui, cette structure historique, jadis symbole de lutte contre la lèpre, se retrouve fragilisée par le manque de médicaments, laissant planer la menace d’un recul sanitaire majeur dans la région.
Delphin Mupanda/MCP, Nord-Kivu

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