À Kinshasa, le débat sur la régularité de la paie des agents et fonctionnaires de l’État revient avec insistance. Alors que des retards ont été enregistrés ces derniers mois, des économistes invitent le gouvernement à dépasser la seule logique de contrôle administratif pour s’attaquer aux fondements structurels de l’économie congolaise.
Interrogé ce dimanche 1er mars par MCP, l’économiste Hans Mobua estime que l’audit de l’état liquidatif de la paie, ordonné par le chef de l’État lors de la 79e réunion du Conseil des ministres, ne suffira pas à résoudre durablement le problème.
Une monnaie sous pression
Selon lui, la fragilité du franc congolais (CDF), évoluant concomitamment avec le dollar américain (USD), constitue l’un des nœuds du problème. « Notre monnaie reste fortement exposée aux fluctuations du dollar, ce qui entraîne régulièrement sa dépréciation », analyse-t-il.
Dans une économie largement dépendante des importations, réglées en devises étrangères, toute tension sur le taux de change se répercute mécaniquement sur les équilibres budgétaires. « Tant que nous ne produisons pas suffisamment, nous restons vulnérables. Produire localement, c’est réduire sensiblement les importations et redonner de la force à la monnaie nationale », plaide l’économiste.
Le dilemme de la Banque centrale
Autre point soulevé : l’intervention de la Banque centrale sur le marché des changes. L’injection régulière de réserves en dollars pour stabiliser le taux de change peut, à court terme, contenir la volatilité. Mais elle révèle, selon Hans Mobua, un déséquilibre plus profond.
Il rappelle que le budget de l’État a été élaboré sur la base d’un taux de 2 800 CDF pour 1 USD, tandis que les régies financières mobiliseraient les recettes sur un taux avoisinant 2 200 CDF. « Ce différentiel crée un déséquilibre budgétaire. En produisant davantage et en diversifiant l’économie, nous pourrions tendre vers un budget plus équilibré et moins dépendant des aléas du taux de change », soutient-il.
L’audit présidentiel en toile de fond
Pour rappel, lors de la 79e réunion du Conseil des ministres, le président de la République, Félix Tshisekedi, a ordonné un audit de l’état liquidatif de la paie des agents publics dans un délai de 30 jours. L’objectif affiché : garantir la sincérité, la conformité et la régularité des salaires.
Le chef de l’État a notamment évoqué l’existence présumée d’effectifs fictifs percevant indûment des rémunérations, d’où la nécessité de suivre rigoureusement la chaîne de la dépense publique, de l’engagement à l’ordonnancement, en passant par la liquidation jusqu’au paiement.
Si cette démarche vise à assainir les finances publiques, pour Hans Mobua, elle ne saurait constituer une solution unique. « Le contrôle est indispensable. Mais sans une véritable politique de diversification économique, axée sur la production locale, l’agriculture, l’industrie et la transformation, la question de la régularité salariale reviendra toujours », prévient-il.
Cink Inkonge















