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vendredi, janvier 30, 2026
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Occupation de Goma, Bunagana et Rubaya : décryptage de l’agenda économique du M23 au profit du Rwanda

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Depuis sa réapparition en 2021, le mouvement rebelle du M23 a progressivement étendu son contrôle sur plusieurs villes et territoires stratégiques de l’Est de la République démocratique du Congo. Loin d’être le fruit du hasard, ces occupations s’inscrivent dans une logique économique précise, dans une région riche en ressources naturelles et au positionnement géostratégique majeur.

Dans les zones sous son emprise, le M23 a mis en place des mécanismes de gouvernance parallèle à caractère criminel, lui permettant de capter, détourner et exploiter les circuits de l’économie locale à son profit, en dehors de toute légalité étatique.

Selon une enquête menée par le média spécialisé Global Initiative, avant l’occupation de Bunagana, important centre commercial frontalier entre la RDC et l’Ouganda, les échanges commerciaux transfrontaliers généraient en moyenne deux millions de dollars américains par mois. Cette localité constituait un axe vital pour l’approvisionnement et l’écoulement des marchandises entre les deux pays.

« Depuis la prise de contrôle de la ville par le M23 en 2021, ces échanges ont fortement diminué. Toutefois, ils continuent de générer des revenus substantiels pour les rebelles, principalement à travers la taxation illicite des marchandises », indique la même source. Malgré l’interdiction officielle imposée par le gouvernement ougandais aux véhicules de franchir la frontière vers la RDC, de nombreux transporteurs continueraient de le faire, souvent avec la complicité d’agents frontaliers, afin d’approvisionner Bunagana et d’autres localités en carburant et en produits de première nécessité.

Au-delà des centres urbains, le M23 a également étendu son emprise sur des zones minières stratégiques, notamment la cité de Rubaya, dont la production représenterait près de 15 % du cobalt mondial. Cette prise de contrôle confirme la dimension essentiellement économique de la rébellion, orientée vers l’appropriation systématique des ressources minières congolaises.

La mainmise sur ces sites permet au M23 de tirer des revenus considérables du contrôle de la production et du commerce des minerais. Elle a également facilité la construction d’axes routiers servant à acheminer ces ressources vers le Rwanda, où elles sont ensuite blanchies. Ce mécanisme consiste à intégrer les minerais congolais dans les chaînes de production rwandaises avant de les déclarer officiellement comme issus du Rwanda, en violation flagrante des normes internationales.

Considéré par de nombreuses sources comme un soutien direct du M23, le Rwanda aurait joué un rôle central dans la prise de contrôle de plusieurs territoires congolais. L’implication de Kigali serait largement motivée par des intérêts économiques stratégiques. Le régime du président Paul Kagame n’a jamais caché son ambition de faire du Rwanda une plateforme régionale de transformation et de commercialisation des ressources naturelles.

Dans cette optique, Kigali chercherait à obtenir un accès privilégié aux minerais congolais, à établir un corridor économique reliant Kigali aux principales villes de l’Est de la RDC, et à faire de la frontière rwandaise le principal point de transit des marchandises congolaises, au détriment de la souveraineté économique de la RDC.

Cette dynamique met en lumière une réalité préoccupante : derrière le discours sécuritaire, l’occupation de territoires congolais par le M23 répond avant tout à un agenda économique structuré, au cœur duquel l’exploitation illégale des ressources naturelles constitue un moteur central du conflit.

BM

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