La sortie médiatique de Modeste Bahati Lukwebo sur la question de la révision constitutionnelle continue de susciter des remous sur la scène politique congolaise.
Après avoir pris position publiquement, le deuxième vice-président du Sénat a finalement présenté des excuses à ses collègues, une démarche qui, loin d’apaiser les tensions, semble avoir davantage entamé sa crédibilité.
Une prise de position saluée par une partie de l’opinion
Le 4 mars dernier, Modeste Bahati Lukwebo avait clairement exprimé son opposition à toute révision ou modification de la Constitution en République démocratique du Congo.
Selon lui, le deuxième et dernier mandat du président Félix Tshisekedi doit normalement s’achever en 2028.
« En RDC, nous n’avons pas un problème de textes, mais d’hommes », avait-il déclaré.
Cette position avait été largement saluée par une partie de l’opinion publique, qui y voyait un acte de courage politique et un attachement au respect de la Constitution.
« C’est un républicain », avait réagi un taximan qui suivait l’actualité dans son véhicule.
Des réactions critiques au sein de l’Union sacrée
Mais ces propos n’ont pas été bien accueillis dans sa famille politique, l’Union sacrée de la nation, la plateforme présidentielle.
Le jeudi 5 mars, le secrétaire général adjoint de l’UDPS, Déo Bizibu, a affirmé que Modeste Bahati Lukwebo « ne partage plus la même vision que l’Union sacrée », alors même que la question de la révision constitutionnelle n’a pas officiellement fait l’objet de discussions au sein de cette coalition.
Le lendemain, vendredi 6 mars, l’ancien ministre Emery Okundji est monté au créneau pour défendre le sénateur. Il a dénoncé ce qu’il qualifie d’« acharnement politique » contre le leader de l’AFDC-A, mettant en garde contre un risque de dérive vers une forme de pensée unique.
Isolement progressif au sein des institutions
Les critiques se sont ensuite multipliées.
Le samedi 7 mars, les membres du bureau du Sénat ont pris leurs distances avec les propos tenus par leur collègue.
Deux jours plus tard, le 9 mars, Modeste Bahati Lukwebo a également été désavoué par son propre groupe parlementaire, l’AFDC-A.
Des excuses qui passent mal
Contre toute attente, le 10 mars, le sénateur a présenté ses excuses à ses collègues pour les déclarations faites quelques jours plus tôt. Selon lui, ses propos auraient été sortis de leur contexte par certains acteurs politiques.
Cette démarche n’a toutefois pas convaincu une partie de l’opinion publique, qui y voit un recul.
« J’étais prêt à adhérer à son parti politique, mais là, il m’a déçu », confie un étudiant de l’UPC.
« Au lieu de foncer, il a plutôt reculé. Il avait mon soutien, mais il ne l’a plus », ajoute un militant de Lamuka, habitant la commune de Ngiri-Ngiri.
Un journaliste indépendant estime pour sa part que le sénateur « s’est tiré une balle dans le pied : Il vient de signer sa mort politique. Il s’est excusé alors qu’il n’avait rien dit de mal ».
Une motion de défiance en préparation
Pendant ce temps, une motion de défiance circule déjà au Sénat contre le deuxième vice-président de la chambre haute.
Selon ses initiateurs, les excuses présentées ne suffisent pas. « Malgré ses excuses, il doit partir », affirment-ils.
Au total, 45 sénateurs auraient déjà apposé leurs signatures. Jusqu’au mercredi 11 mars, il ne manquait plus que 22 signatures pour que la motion soit officiellement déposée.
LM















