Malgré les assurances des autorités affirmant qu’« il n’y a pas de pénurie de carburant en République démocratique du Congo », la réalité observée sur le terrain à Kinshasa suscite des inquiétudes croissantes.
Lundi 23 mars, quelques heures seulement après cette déclaration officielle, de longues files de véhicules ont été observées devant plusieurs stations-service de la capitale, parfois jusque tard dans la nuit, au-delà de 23 heures.
Pour l’heure, cette tension sur l’approvisionnement ne s’est pas encore traduite par une hausse généralisée des tarifs du transport en commun.
Sur plusieurs axes urbains, ainsi que sur certaines liaisons interprovinciales reliant la capitale à Kongo Central, les prix restent globalement inchangés. Toutefois, les professionnels du secteur redoutent une dégradation rapide de la situation en l’absence de mesures correctives.
Des tarifs encore stables, mais sous pression
Dans plusieurs communes de la capitale, les tarifs officiels sont maintenus, bien que des ajustements ponctuels soient déjà observés en fonction de l’affluence.
Sur le tronçon Marché Selembao – Rond-point Victoire, le prix de la course demeure fixé à 1 000 francs congolais, malgré l’état dégradé de la voirie. Cependant, certains chauffeurs reconnaissent des hausses occasionnelles.
« Le prix reste à 1 000 francs congolais de Selembao jusqu’à Victoire. Mais en cas de forte affluence aux arrêts, il peut monter à 1 500 francs congolais », explique Nsimba Luzolo, chauffeur rencontré au croisement des avenues Landu et Libération.
Cette pratique, encore marginale, traduit néanmoins une adaptation progressive du secteur face aux incertitudes liées à l’approvisionnement en carburant.
Les liaisons interprovinciales sous tension
La pression est également perceptible sur les axes reliant Kinshasa à l’intérieur du pays, notamment le long de la Route nationale n°1 en direction du Kongo Central.
Pour l’instant, les transporteurs maintiennent leurs tarifs, malgré des difficultés croissantes pour s’approvisionner en carburant.
« Nous n’avons pas encore augmenté les prix, mais si la situation persiste, cela deviendra inévitable », confie un chauffeur rencontré à proximité de l’Université pédagogique nationale.
Le trajet Kinshasa – Mbanza-Ngungu reste ainsi fixé à 14 000 francs congolais par passager, un tarif qui pourrait toutefois évoluer à court terme.
Des répercussions économiques à redouter
Les économistes mettent en garde contre les effets en cascade qu’une perturbation durable de l’approvisionnement en carburant pourrait engendrer. Dans une métropole comme Kinshasa, où la distribution des marchandises repose essentiellement sur le transport routier, toute hausse du prix du carburant se répercute rapidement sur l’ensemble de l’économie.
Une augmentation des coûts de transport pourrait ainsi entraîner une flambée des prix des produits alimentaires, des matériaux de construction et d’autres biens de consommation courante, aggravant davantage le coût de la vie pour les ménages.
Un contexte international défavorable
Cette tension locale s’inscrit dans un contexte mondial marqué par la volatilité des prix du pétrole, alimentée notamment par les tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Iran.
Selon le Comité de suivi des prix des produits pétroliers, la structure des prix dans la zone d’approvisionnement Sud a été revue à la hausse depuis le 16 mars 2026. Cette révision fait suite à une augmentation significative du prix du baril de pétrole, passé de 62,5 dollars américains en janvier à 103,5 dollars en mars 2026.
Dans ce contexte, une hausse des prix à la pompe apparaît de plus en plus probable à Kinshasa. Une telle évolution aurait des répercussions directes sur les transports en commun et, plus largement, sur le pouvoir d’achat des populations.
Joslin Lomba















