17 015 cas d’atteintes à la vie et à l’intégrité physique. Des milliers de morts, des centaines d’enlèvements, des actes de torture, des violences sexuelles, des fosses communes. Le rapport présenté ce samedi 21 février à la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, dresse un tableau accablant des atrocités commises à Goma et Bukavu, dans l’est du pays. Le document lui a été remis à l’issue de l’atelier de publication du rapport sur la situation des droits humains à Goma et Bukavu.
Des chiffres qui accablent
Fruit de dix jours de travaux réunissant experts gouvernementaux, représentants de la société civile et ONG de défense des droits humains, le document recense 15 769 atteintes à la vie, 829 enlèvements et 417 cas de torture et traitements inhumains. Il impute ces exactions au M23, que Kinshasa présente comme soutenu par le Rwanda.
Une tragédie humaine de grande ampleur
Au-delà de la froideur des chiffres, le rapport met en lumière une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver. Les violences ont provoqué des déplacements massifs de populations, portant à environ 7,4 millions le nombre de déplacés internes et externes. Des familles entières ont été contraintes d’abandonner leurs terres, leurs maisons et leurs moyens de subsistance, plongeant des régions entières dans la précarité.
Les enquêteurs décrivent un enchaînement d’exactions : assassinats ciblés, violences sexuelles, arrestations arbitraires, pillages systématiques, destruction d’écoles et d’infrastructures sociales. Pour les acteurs de la société civile, ces crimes ne sont pas de simples statistiques, mais l’expression d’un traumatisme collectif qui marque durablement le tissu social congolais.
La société civile et les institutions mobilisées
Jonas Tshombela, représentant de la société civile, a rappelé que toute initiative diplomatique sur la crise à l’Est devra impérativement intégrer la reconnaissance de ces souffrances accumulées au fil des décennies. Selon lui, aucune solution politique viable ne pourra émerger sans vérité ni justice pour les victimes.
Dans le même esprit, le président de la commission nationale des droits de l’homme, Paul Nsapu, a souligné que son institution entend poursuivre son travail d’enquête, de documentation et de plaidoyer, afin que les faits établis puissent servir de base à des poursuites judiciaires, au niveau national comme international.
Des recommandations pour briser l’impunité
Avant la remise officielle du document, le ministre des droits humains, Samuel Mbemba, a présenté une série de recommandations structurantes. Les experts appellent notamment à un plaidoyer auprès des Nations unies pour la création d’un tribunal pénal international dédié aux crimes commis en RDC, au renforcement des capacités des juridictions civiles et militaires, ainsi qu’à l’accélération des mécanismes de justice transitionnelle. Ils insistent également sur la nécessité d’écarter des institutions publiques toute personne impliquée dans des violations graves tant qu’elle n’aura pas répondu de ses actes devant la justice.
En recevant le rapport, Judith Suminwa Tuluka a salué un document « crédible et solide » pour porter la voix des victimes devant la communauté internationale et renforcer la lutte contre l’impunité dans l’Est congolais.
Joslin Lomba















