Plusieurs organisations de la société civile congolaise ont exprimé, ce mardi 7 avril, leur rejet catégorique de la décision du gouvernement relative à l’accueil en République démocratique du Congo de ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis d’Amérique.
Dans un communiqué conjoint, ces structures dénoncent une mesure « inacceptable », prise « dans l’opacité la plus totale » et en violation des principes de l’État de droit.
Un accord jugé illégitime
Les organisations signataires affirment que cet accord, révélé par le ministère de la Communication et des Médias, n’a respecté aucune des procédures constitutionnelles en vigueur. Elles rappellent que tout engagement international impliquant le territoire national et les droits des personnes doit être soumis à une ratification parlementaire.
« Aucun Congolais, ni élu ni citoyen, n’a été associé à cette décision », déplorent-elles, dénonçant un « arbitraire exécutif ».
À ce titre, elles exigent la publication « immédiate et intégrale » de l’accord, y compris ses clauses et éventuelles contreparties, ainsi que sa soumission à l’Assemblée nationale et au Sénat pour débat et adoption.
Des garanties jugées insuffisantes
Sur le plan humanitaire et sécuritaire, la société civile remet en cause la capacité de la RDC à accueillir de nouveaux migrants dans des conditions dignes. Elle souligne que le pays fait déjà face à une crise interne majeure, avec plus de sept millions de déplacés internes et des infrastructures d’accueil saturées.
Les signataires pointent également l’absence de mécanismes indépendants de supervision et regrettent que des institutions comme le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) ou des organisations spécialisées n’aient pas été associées au processus.
Ils demandent ainsi l’annulation immédiate de tout transfert de personnes vers la RDC dans ce cadre, et l’ouverture de consultations inclusives impliquant notamment la société civile, le barreau de Kinshasa et des experts en droit international.
Une « instrumentalisation » des valeurs humanitaires
Dans leur déclaration, ces organisations accusent le gouvernement de détourner les notions de dignité humaine et de solidarité internationale pour justifier cette décision. Elles estiment que les priorités devraient d’abord porter sur la protection des populations congolaises déplacées, notamment dans l’Est du pays, à Goma, Beni, Sake et Bunia.
Elles dénoncent par ailleurs une forme de « sous-traitance » des politiques migratoires américaines, qu’elles qualifient de « xénophobes et déshumanisantes ».
« Ce n’est pas en servant de dépotoir humain aux expulsions massives d’une puissance étrangère que la RDC honore ses engagements humanitaires », peut-on lire dans le communiqué.
Parmi les signataires figurent notamment Filimbi, le Mouvement Mbanza Kongo, RODHECIC, Exprimons-nous, ANOGRA, Synergie Bilenge, Nuru Afrika, Res-Publica, Les Indignés, le Collectif Diyi Dia Kasaï, Congolais Debout ou encore le Syndicat des chômeurs.
Bernard MPOYI















