MediaCongo Press > BLOG > A la une > Macron face à la guerre en RDC : le double discours français qui scandalise Kinshasa
Entre appels au dialogue et refus de sanctions contre le Rwanda, les déclarations d’Emmanuel Macron sur le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo suscitent colère et incompréhension.
Lors de son intervention à Nairobi à l’occasion de l’événement Africa Forward, le président français a une nouvelle fois tenté de défendre une ligne diplomatique d’équilibre sur la crise sécuritaire dans l’est de la RDC.
Une posture qui, à Kinshasa, apparaît désormais de plus en plus intenable.
D’un côté, le chef de l’État français affirme « respecter pleinement la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC ». De l’autre, il refuse catégoriquement de soutenir un durcissement des sanctions contre Kigali, préférant défendre la voie du « dialogue » avec le Rwanda.
Mais pour de nombreux observateurs congolais, cette position relève désormais d’un discours déconnecté des réalités du terrain.
Après les accords, la poursuite de la guerre
Le contexte régional a profondément évolué. Les accords de Washington, signés sous médiation américaine et présentés comme une étape majeure vers une désescalade régionale, étaient censés engager toutes les parties vers une sortie de crise.
Le président rwandais Paul Kagame a apposé sa signature sur ces engagements diplomatiques. Pourtant, sur le terrain, les accusations contre Kigali n’ont jamais cessé.
Plusieurs rapports des Nations unies ainsi que des organisations internationales de défense des droits humains accusent le Rwanda de continuer à soutenir logistiquement, financièrement et militairement la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo – Mouvement du 23 mars dans l’est congolais.
Pendant ce temps, les territoires occupés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu restent sous forte influence rebelle, tandis que l’exploitation illicite des minerais stratégiques se poursuit.
Dans ce contexte, la poursuite du seul « dialogue » défendu par Paris apparaît, pour ses détracteurs, comme une réponse insuffisante face à une crise qui dure depuis près de trois décennies.
Une diplomatie jugée passive
L’absence de soutien français à des sanctions plus fermes contre Kigali est perçue par une partie de l’opinion congolaise comme une forme d’inaction diplomatique.
Alors que les Forces armées de la République démocratique du Congo tentent de reprendre certaines positions dans les zones de Luvungi, Sange ou Bwegera, plusieurs ONG internationales continuent de documenter des violations graves des droits humains dans les zones affectées par les combats : exécutions sommaires, violences sexuelles, déplacements forcés et enlèvements de civils.
Pour les critiques de la position française, les sanctions économiques et diplomatiques constituent aujourd’hui l’un des rares leviers susceptibles de faire pression sur Kigali.
« Le Rwanda reconnaît lui-même subir les effets des sanctions américaines. Cela prouve précisément qu’elles produisent un impact réel », soutiennent plusieurs analystes congolais.
Le dossier sensible des minerais stratégiques
Autre point de crispation : le partenariat signé entre l’Union européenne et le Rwanda sur les minerais stratégiques.
Le Memorandum of Understanding (MoU), conclu en février 2024, vise officiellement à renforcer les chaînes d’approvisionnement européennes en minerais critiques, notamment le tantale, l’étain et le tungstène, indispensables aux industries technologiques et à la transition énergétique.
Mais en RDC, cet accord est vivement contesté. Plusieurs voix dénoncent une contradiction majeure : l’Europe condamne officiellement l’instabilité dans l’est congolais tout en concluant des accords économiques avec Kigali, accusé d’être impliqué dans l’exploitation et l’exportation de minerais provenant des zones de conflit.
Le Parlement européen avait d’ailleurs adopté une résolution demandant la réévaluation, voire la suspension de cet accord. Jusqu’à présent, Paris reste discret sur cette question.
Le sentiment d’un « deux poids, deux mesures »
Au sein de l’opinion congolaise, les comparaisons avec la guerre en Ukraine alimentent un profond sentiment d’injustice.
Beaucoup dénoncent une différence de traitement entre la fermeté occidentale affichée contre la Russie et la prudence diplomatique observée face au Rwanda.
Pour plusieurs acteurs politiques et membres de la société civile congolaise, cette attitude contribue à renforcer l’idée selon laquelle la souveraineté de la RDC serait considérée comme moins prioritaire sur la scène internationale.
Une confiance franco-congolaise fragilisée
La position de la France sur le conflit dans l’est de la RDC continue ainsi d’alimenter les critiques à Kinshasa.
Certains observateurs rappellent notamment que la conférence humanitaire sur la RDC organisée à Paris en 2025 n’a, jusqu’à présent, produit que peu d’effets visibles sur le terrain, alors que des millions de déplacés vivent toujours dans des conditions extrêmement précaires et que plusieurs infrastructures stratégiques, dont l’aéroport de Goma, restent paralysées par le conflit.
Dans ce climat de méfiance croissante, les déclarations d’Emmanuel Macron sont désormais accueillies avec scepticisme par une partie de l’opinion congolaise, qui attend davantage qu’un simple appel au dialogue : une position claire, des actes concrets et une pression internationale plus forte contre les acteurs accusés d’alimenter la guerre dans l’est du pays.
LM
MediaCongo Press
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