À Kinshasa, on tente de soigner un infarctus avec un stylo.
Face aux embouteillages monstres qui paralysent la capitale, la réponse choisie est avant tout administrative : permis, vignette, assurance, contrôle technique. Une mise en règle généralisée dont la facture frôle les 500 dollars par véhicule. Officiellement, il s’agit de remettre de l’ordre. En pratique, on confond discipline routière et fluidité du trafic.
Oui, le respect des règles est nécessaire.
Oui, la sécurité routière est indispensable.
Mais croire que la conformité des papiers va, par miracle, dissoudre les bouchons relève d’un dangereux raccourci.
Les embouteillages de Kinshasa ne sont pas d’abord un problème de légalité. Ils sont un problème de mathématiques urbaines.
Chaque jour, des milliers de véhicules supplémentaires s’ajoutent à un réseau routier qui, lui, n’a presque pas évolué. Des avenues trop étroites pour une mégapole, des routes dégradées qui réduisent parfois la circulation à une seule voie praticable, des carrefours sans régulation efficace, des arrêts de bus improvisés, un stationnement anarchique.
L’équation est simple : trop de véhicules pour trop peu d’espace.
Dans ces conditions, même si 100 % des conducteurs présentaient des documents impeccables, ils resteraient coincés pare-chocs contre pare-chocs, moteur allumé, klaxon rageur.
Faire payer davantage les usagers ne crée ni nouvelles routes, ni transports publics performants, ni feux intelligents, ni parkings organisés. Cela ne fait que déplacer le problème de la chaussée vers le portefeuille.
La vraie question n’est donc pas :
« Qui est en règle ? »
Mais plutôt :
« Où sont les investissements massifs dans la mobilité urbaine ? »
Transports en commun fiables.
Réhabilitation sérieuse des axes stratégiques.
Gestion moderne et intelligente du trafic.
Planification urbaine qui anticipe la croissance au lieu de la subir.
Sans cela, la politique actuelle risque de produire une situation absurde : des conducteurs parfaitement en règle, mais toujours immobiles.
On ne désengorge pas une ville avec des quittances.
On la désengorge avec des routes adaptées, des alternatives de transport et une vision à long terme.
Le reste n’est qu’une illusion administrative.
Djodjo Vondi















