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« Je me vois exploser sur le plan international dans le cinéma » Noah Muteb

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À 28 ans, Noah Muteb veut transformer l’industrie cinématographique congolaise avec un projet novateur dans le domaine du cinéma. Celui, qui rêvait d’être « Rappeur » est devenu, en trois ans, une tête d’affiche du divertissement congolais sur les réseaux sociaux.

Très connu grâce à ses séries vidéos « Mec toxique » lancées en 2021 sur Tiktok, une plateforme de vidéos populaire auprès des jeunes, Noah Muteb jouit d’une notoriété grandissante sur les réseaux sociaux en République Démocratique du Congo et en Afrique Francophone où ses vidéos ont cumulé de millions de vues dans cette région. « Ce n’est pas quelque chose que je prévoyais ou même rêvais, mais c’est arrivé comme ça. », a-t-il confié dans une interview qu’il nous a accordée vendredi 12 janvier 2024 au sortir d’un spectacle à Lubumbashi.

Environ 726.070 personnes suivent régulièrement les aventures de « Demuto Gang » sur tous les réseaux sociaux de Muteb dont 574.600 uniquement sur Tiktok, réseau social qui l’a propulsé sur la scène nationale, voire internationale du divertissement. Un succès qu’il veut désormais poursuivre dans le cinéma congolais : « En RDC, nous n’avons pas une industrie cinématographique, je veux faire quelque chose de nouveau dans ce sens pour que ce domaine soit aussi visible sur le plan international.», a-t-il déclaré.

Interview : Aujourd’hui, vous êtes très suivi sur les réseaux sociaux, comment vous avez commencé ?

Noah Muteb : J’ai commencé dans le théâtre très petit, à l’âge de 7ans. Il faut dire que cette passion me vient de mon père. Il a fait le théâtre toute sa vie alors, il voulait que je m’imprègne aussi. C’est comme ça que ça a commencé avec des petits rôles à l’école primaire. Il me poussait sans cesse à faire le théâtre, à demander des rôles et le plus souvent, je ne jouais que le rôle du Méchant dans les pièces, j’aimais bien ça.

Interview : Dès le départ, vous saviez ce que vous vouliez devenir ? Faire le théâtre ? 

Noha Muteb : Au départ, moi, je voulais être rappeur. J’ai commencé ma carrière musicale en 2012 avec des amis qui ne sont plus dans ça. D’autres sont devenus des informaticiens. Moi, j’ai persévéré parce que j’aimais bien faire ça. D’ailleurs, mes premières vidéos sur les réseaux sociaux n’étaient que des raps, notamment sur Instagram. Je me voyais remplir des salles avec la musique.

Interview : Alors, comment vous êtes passé de rappeur à Artiste, comédien, humoriste à succès sur les réseaux sociaux ?

Noah Muteb : Le rap ne payait pas. Toutes les vidéos que je faisais n’avaient pas rencontré le succès que je voulais. Donc, quand je suis allé en Afrique du Sud, j’ai tout abandonné en quelque sorte. C’est là que j’ai découvert Tiktok, puis je me suis investi là-dedans. Donc, finalement, j’ai associé le rap à mes vidéos et ça a marché. Les gens se retrouvent facilement dans mon rap quand j’y intègre les personnages de mes vidéos, ça marche et je kiffe bien. Alors, j’ai décidé d’offrir à mon public tout ce que je sais faire : la musique, la comédie, le théâtre ou encore l’art dramatique comme les fictions que je crée.

Interview : Sur Tiktok, le succès était déjà au Rendez-vous ?

Noah Muteb : En fait, quand j’ai commencé à faire des vidéos sur Tiktok, c’était en Anglais, ce qui m’a aidé à atteindre un nombre d’abonnés intéressant sur la plateforme. Mais, pour moi, c’était insuffisant. Donc, j’ai changé de stratégie pour utiliser le swahili afin de toucher un public de chez moi. C’était important pour moi de me faire valider par chez soi. Alors, c’est là que j’ai vraiment rencontré le succès en 2021 avec le lancement de « Mec toxique ». Depuis, tout n’a jamais été pareil. Ça m’a amené à un autre niveau, j’ai fait plusieurs parties de Mec toxique, ce qui a atteint un maximum de gens et me fait connaître chez moi, au Congo.

Interview : Trois ans déjà que vous êtes sur la vague, cumulant des nombreuses vues sur les réseaux sociaux, quelles sont les grandes différences dans votre vie ?

Noah Muteb : Par rapport à avant, personnellement, je pense que je suis resté le même. Mais, quand on se fait connaître sur les réseaux sociaux, il faut adopter une autre attitude. Tu ne peux plus faire les choses comme avant. Par exemple, aller à la Kenya acheter les habits, ou s’arrêter en cours de route pour parler avec quelqu’un, prendre la moto etc. Non, tu ne peux plus faire ça. Tu te rapproches de quelque chose. Il faut mettre une distance entre toi et le public comme ça, il continue à t’apprécier à chaque fois qu’il te voie. Je vais dire : Beaucoup de choses ont changé et c’est comme ça.

Interview : Vous vous définissez plus comme un artiste, un rappeur, un comédien ou un humoriste ?

Noah Muteb : il est difficile de me mettre dans une catégorie quelconque, parce qu’en vrai, je fais tout ce qui est en rapport avec l’art, que ça soit la musique, la comédie ou encore l’humour. Je fais tout. C’est pourquoi je pense qu’il est préférable de m’appeler « Artiste » parce que cela englobe vraiment beaucoup de casquettes en même temps. C’est réducteur quand on me met dans une catégorie, je fais beaucoup de choses. Je peux dire multivalente, voilà, je préfère qu’on m’appelle seulement « artiste ».

« Je veux que l’on se souvienne de moi comme un précurseur »

Lorsqu’on lui a demandé ses projets d’avenir, Noah Muteb a annoncé qu’un projet cinématographique est sur la table :« ce projet va révolutionner le cinéma congolais et la manière dont il est effectué ici.», a-t-il expliqué. « Quand, dans les années à venir, on parlera de l’industrie cinématographique congolaise, avec ce projet, on se souviendra de moi comme un des précurseurs. »

« Je veux faire quelque chose de différent parce que moi, je suis différent, je vais faire des choses nouvelles et ce qui va venir sera grand. »

En envisageant l’avenir, Noah Muteb appelle à l’union entre artistes pour faire évoluer le secteur de l’entraînement au Congo :« Il y a un manque de collaboration parce que les autres pensent que tu viens prendre leur terrain. » « Ils te prennent pour un étranger alors qu’au Katanga, c’est chez moi.», a-t-il constaté.« C’est à cause de ça que notre art ne se développe pas. Ces guerres de jalousie, de l’ego, de l’individualisme ne nous aident pas extrêmement. Il faut prendre l’exemple des nigérians. « Ils ont gagné parce qu’ils ont su collaborer entre eux, c’est comme ça que nous devons faire pour aller de l’avant. »

Interview : Comment vous percevez les commentaires haineux ou comment faites-vous face à des haters sur les réseaux sociaux ?

Noah Muteb : Au Katanga, il y a une culture extrême de jalousie. Les gens n’attendent que ta chute pour s’en moquer. J’ai déjà compris ça, c’est pourquoi je ne calcule plus ça. Avant, cette situation me touchait extrêmement de voir des gens souhaiter ta chute avec des commentaires déplaçants, condescendants, etc. Mais j’ai compris que ça pouvait arriver, donc je vis avec. Je dois faire avec, c’est comme ça. Ça fait partie du jeu.

Lorsqu’on lui a demandé ses sources d’inspiration dans le monde de l’art et du divertissement, il a cité ses influences d’ailleurs :« la personne qui m’a le plus inspiré, surtout dans l’humour, c’est Thomas N’gijol. Je peux citer également Fabrice Eboué, les gens de Jamel comedy club, ces gens-là sont dans mon Top 1 de ceux qui m’ont donné envie de faire ça. »

Interview : Comment vous vous projetez dans l’avenir ? Faire du divertissement toute sa vie ?

Noah Muteb : l’art que je fais, c’est réellement mon métier. Je ne me vois pas dans d’autres choses à part ça. Je le ferai toute ma vie, parce que c’est dans ça que je me sens vivre. Quand j’ai commencé, je me suis dit directement :« Voilà, c’est ça mon truc ! ». Ma vie, c’est ça : faire ce que j’aime. Qu’est-ce que j’irai faire ailleurs ? Par exemple, dans une entreprise minière ? Non. Ça, c’est mon métier, je le ferai toute ma vie.

Dans ses vidéos, Noah Muteb, né en 1996 dans une famille nombreuse de 9 enfants, dépeint les réalités sociales congolaises avec un brin d’humour poussé qui suscite tant de réactions de la part de son public :« Quand je sors une vidéo, le but que je vise, c’est de toucher, d’émerveiller le spectateur au point où il peut revenir même 15 fois sur une seule vidéo. J’aime vraiment ça, c’est pourquoi j’invente, j’essaie des trucs pour captiver encore plus l’attention de mon public. » a-t-il conclu.

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