Depuis la sortie médiatique de Modeste Bahati Lukwebo, professeur d’université et deuxième vice-président du Sénat, l’opinion nationale s’est enflammée autour d’une question qui touche directement à l’avenir de la République démocratique du Congo.
Les positions sont profondément divisées.
Les partisans du régime en place voient dans cette initiative l’occasion de doter la RDC d’une « Constitution capable de placer le pays sur la voie de son développement », certains allant jusqu’à qualifier l’actuelle loi fondamentale d’« imposition des belligérants ».
Du côté de l’opposition, la lecture est tout autre. Pour plusieurs acteurs politiques, ce débat serait une diversion destinée à détourner l’attention de la population des problèmes majeurs que traverse le pays, notamment l’insécurité persistante, la pénurie d’eau potable et le déficit chronique en énergie électrique. L’opposant Martin Fayulu estime même que cette question ne mérite pas d’être débattue au regard des urgences auxquelles la RDC est confrontée.
D’autres voix de l’opposition vont encore plus loin. Olivier Kamitatu, porte-parole du parti Ensemble pour la République, voit dans cette initiative une tentative du régime en place d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour le président de la République, Félix Tshisekedi.
L’omerta inquiétante du corps scientifique
Face à ce débat houleux qui engage l’avenir de plus de 100 millions de Congolais, l’éclairage des spécialistes du droit constitutionnel devrait pourtant s’imposer comme une nécessité absolue.
Mais depuis le début de cette controverse, un constat troublant s’impose : le silence quasi total des professeurs d’université pourtant qualifiés pour éclairer l’opinion publique.
Est-ce la peur des représailles ? Ou la conséquence d’une proximité assumée avec les milieux politiques ? La question mérite d’être posée, d’autant plus qu’une grande partie des professeurs d’université, notamment ceux spécialisés en droit constitutionnel, occupent aujourd’hui des fonctions dans des cabinets politiques ou sont affiliés à des partis politiques.
Les interrogations restent entières, mais les réponses tardent à venir.
« On vient de me déconseiller de m’exprimer durant cette période trouble », a confié à la rédaction de MediaCongo Press (MCP) un professeur d’université, quelques heures seulement après avoir initialement accepté de répondre à nos questions.
Si ce dernier a eu le mérite de justifier son retrait, d’autres n’ont tout simplement pas donné suite à nos sollicitations.
Un autre professeur, qui avait pourtant accepté le principe d’un entretien, s’est finalement ravisé : « Étant actuellement à l’étranger, je ne peux pas réagir pour des raisons de sécurité. Je le ferai peut-être à mon retour au pays. »
Qui pour éclairer la population ?
Si la crème intellectuelle du pays semble prisonnière de ses propres affiliations politiques, une question s’impose : qui éclairera la population sur l’enjeu réel d’un éventuel changement de Constitution ?
Lors de l’émission Libre Opinion diffusée lundi 9 mars sur la chaîne M13, le député national et membre de l’Union sacrée Francis Tshibalabala a dressé un constat pour le moins inquiétant : « Il n’y a plus de scientifiques neutres en RDC. Tous les scientifiques congolais sont membres des partis politiques. »
Une affirmation qui, si elle se confirme dans les faits, laisse la population sans véritable repère intellectuel pour comprendre un débat aussi crucial.
Car si les universitaires se taisent et que les politiques monopolisent la parole, sur quelles bases les citoyens pourront-ils se forger une opinion éclairée ?
La question est d’autant plus importante que toute révision ou tout changement de la Constitution devra, en principe, passer par un référendum. Comment demander à la population de se prononcer sur une matière aussi complexe sans un minimum de pédagogie et d’explication scientifique ?
Pour l’instant, la classe politique continue de s’agiter, les scientifiques semblent ligotés par leurs loyautés politiques, et la population demeure livrée à elle-même.
Une situation préoccupante qui expose les citoyens à toutes les formes de manipulation politique autour d’un sujet aussi déterminant pour l’avenir du pays.
La Rédaction















