Kinshasa a officiellement candidaté au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour le mandat qui sera attribué lors du Sommet prévu en novembre 2026 au Cambodge. Une démarche diplomatique forte pour un pays qui revendique son statut de plus grand espace francophone du monde.
Mais derrière cette projection internationale, plusieurs signaux internes interrogent. Car au moment même où la RDC aspire à diriger l’organisation qui rassemble près de 90 États et gouvernements, dont 53 membres, la gestion de l’héritage des IXe Jeux de la Francophonie organisés à Kinshasa en 2023 reste largement inachevée.
L’ombre des Jeux de Kinshasa
Trois ans après l’événement, présenté à l’époque comme une vitrine diplomatique et culturelle du pays, les reliquats administratifs et logistiques continuent d’alimenter les critiques.
Plusieurs prestataires affirment n’avoir toujours pas été payés pour les services fournis lors des Jeux. À cela s’ajoute la question des indemnités de sortie des membres du Comité national des Jeux de la Francophonie, qui demeurent, selon plusieurs sources, en suspens.
Le sort des infrastructures construites ou réaménagées pour l’événement alimente également l’incompréhension. Aux abords du Stade des Martyrs, certains bâtiments ayant accueilli des délégations ou des activités culturelles semblent aujourd’hui abandonnés. Herbes hautes, équipements laissés à même le sol ou encore matériels stockés dans des cartons témoignent d’un héritage mal valorisé.
Un paradoxe pour un pays qui aspire désormais à piloter les grandes orientations culturelles et politiques de la Francophonie.
Le « modèle Kinshasa » menacé
Le contraste est d’autant plus frappant que la RDC avait réussi une performance historique lors de ces Jeux. Dans les concours culturels, les artistes congolais avaient remporté huit médailles, dont trois en or, sur onze disciplines.
Un résultat inédit, fruit d’un dispositif de sélection et d’encadrement mis en place par une cellule technique dédiée au sein du ministère de la Culture. Cette structure avait organisé des présélections nationales rigoureuses et assuré un accompagnement professionnel des artistes.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
Nice 2013 : aucune médaille culturelle.
Abidjan 2017 : aucune médaille.
Kinshasa 2023 : huit médailles culturelles.
La progression était spectaculaire. Pourtant, selon plusieurs acteurs du secteur culturel, ce mécanisme n’a pas été réactivé en vue de la prochaine édition des Jeux de la Francophonie prévue en juillet 2027 en Arménie.
Une préparation qui tarde à démarrer
Plus inquiétant encore : le calendrier international prévoyait la clôture des présélections nationales au 28 février dernier. Or, selon des agents du ministère de la Culture contactés par notre rédaction, aucune structure officielle n’est actuellement à pied d’œuvre pour organiser ces auditions.
Un retard qui pourrait compromettre la préparation des artistes et réduire considérablement les chances de médaille pour la RDC.
Pour plusieurs observateurs, cette inertie administrative est difficilement compatible avec l’ambition affichée par Kinshasa sur la scène francophone.
Une diplomatie culturelle sous tension
La question est simple, mais lourde de sens : comment prétendre diriger la Francophonie lorsque la gestion nationale des instruments culturels liés à cette organisation reste fragile ?
Car au sein de l’OIF, le secrétaire général ne se contente pas d’un rôle symbolique. Il coordonne les programmes politiques, éducatifs et culturels de l’organisation, dont les Jeux de la Francophonie constituent l’un des principaux événements.
Autrement dit, l’expérience et la crédibilité dans ce domaine comptent.
Une ambition qui exige de la cohérence
La candidature congolaise à la tête de la Francophonie s’inscrit dans la stratégie diplomatique du président Félix Tshisekedi, qui cherche à repositionner la RDC comme un acteur majeur sur la scène internationale.
Mais pour nombre d’acteurs culturels et d’observateurs, cette ambition mondiale devra d’abord s’accompagner d’une gestion rigoureuse des dossiers nationaux liés à la Francophonie.
Car dans cette organisation où la culture constitue l’ADN même du projet francophone, la crédibilité se construit aussi sur le terrain.
Et la question reste entière : Kinshasa peut-elle prétendre diriger la Francophonie mondiale sans avoir encore pleinement consolidé la sienne ?
Cink Inkonge















