MediaCongo Press > BLOG > Politique > Mandat présidentiel “élastique” pour stabiliser un pays : Godé Mpoyi recadré par un enseignant évoquant l’exemple de Mobutu Sese Seko
Le débat sur une éventuelle révision de la Constitution en République démocratique du Congo continue de susciter des positions divergentes, parfois tranchées, entre acteurs politiques, religieux et universitaires.
Dernier épisode en date : les propos du député national et pasteur Godé Mpoyi, qui a plaidé en faveur d’un réaménagement constitutionnel, estimant que la limitation actuelle des mandats présidentiels pourrait constituer, selon lui, un frein à la stabilité et au développement du pays.
S’exprimant lors d’une rencontre réunissant des responsables religieux et des intellectuels à Kinshasa, il a défendu l’idée selon laquelle les régimes à longévité politique offriraient davantage de stabilité.
Dans son argumentaire, l’économiste de formation a cité certains États :
« Il est démontré que les pays où les présidents font de longs mandats sont stables. C’est le cas de la Russie, de la Chine… ».
Une position qui s’inscrit dans un courant de réflexion porté par certains milieux religieux, favorables à une réforme de la Constitution de 2006 et à une redéfinition du fonctionnement des institutions.
Une thèse vivement contestée dans le milieu académique
Ces déclarations n’ont toutefois pas fait l’unanimité. Dans les milieux universitaires, plusieurs voix dénoncent une lecture jugée réductrice de l’histoire politique.
Contacté par MCP, un enseignant en sciences politiques à l’Université de Kinshasa, R. Kabeya, rejette fermement l’idée d’un lien automatique entre long mandat et stabilité.
« L’histoire congolaise elle-même démontre le contraire. Mobutu Sese Seko a régné 32 ans et a laissé la RDC dans le chaos », affirme-t-il.
Pour cet universitaire, la stabilité d’un État dépend moins de la durée du mandat présidentiel que de la qualité des institutions, de la gouvernance et du respect des principes démocratiques.
Un débat politique hautement sensible
Ces échanges interviennent dans un contexte où la question constitutionnelle reste particulièrement sensible en RDC. Toute initiative de modification de la loi fondamentale est souvent interprétée à travers le prisme de la limitation des mandats présidentiels.
Si certains partisans de la réforme, notamment dans certains cercles religieux et politiques, estiment qu’un changement pourrait améliorer l’efficacité de l’action publique, d’autres y voient un risque de recul démocratique.
Les exemples internationaux évoqués dans le débat, notamment la Russie et la Chine, alimentent également des lectures contrastées sur les modèles de gouvernance.
Entre mémoire historique et tensions institutionnelles
L’opposition entre les arguments de Godé Mpoyi et ceux du monde académique illustre une fracture plus large au sein de la société congolaise : celle qui oppose une vision axée sur la stabilité politique à une approche institutionnelle fondée sur les leçons de l’histoire.
Dans un pays marqué par plus de trois décennies de règne de Mobutu Sese Seko, la question de la durée du pouvoir demeure particulièrement sensible et continue de nourrir les débats sur la gouvernance et l’avenir démocratique.
À mesure que les discussions se poursuivent, une certitude s’impose : la réforme de la Constitution dépasse le cadre juridique pour s’imposer comme un enjeu politique, historique et sociétal majeur en République démocratique du Congo.
LM
MediaCongo Press
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