MediaCongo Press > BLOG > Politique > Attaques contre l’aéroport de Kisangani : Denis Mukwege met en garde contre une dangereuse escalade régionale
Les récentes attaques par drones ayant visé l’aéroport de Kisangani, dans la province de la Tshopo, ravivent les inquiétudes sur l’évolution du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans une déclaration rendue publique le 6 février 2026, le Dr Denis Mukwege tire la sonnette d’alarme et dénonce ce qu’il qualifie de nouvelle phase de la guerre d’agression et d’occupation menée par l’armée rwandaise, avec l’appui du mouvement rebelle M23/AFC.
Si aucune perte en vies humaines n’a été signalée, ces frappes ciblant l’un des principaux hubs aériens du nord-est du pays constituent, selon lui, un signal particulièrement préoccupant. L’attaque survenue dans la nuit du 31 janvier au 1er février a été revendiquée par le M23/AFC, qui assume désormais ouvertement sa collaboration avec l’armée rwandaise, confortant ainsi les accusations de longue date formulées par les autorités congolaises.
Pour le Prix Nobel de la paix 2018, cette montée de la violence dépasse largement le cadre d’un conflit interne. Elle s’inscrit dans une dynamique régionale explosive, marquée par des rivalités géopolitiques persistantes, et fait peser le risque réel d’un embrasement aux dimensions internationales. Il rappelle que la résurgence du M23 en 2021 coïncide avec le renforcement du partenariat sécuritaire et commercial entre la RDC et l’Ouganda, un contexte qui aurait poussé Kigali à réaffirmer ses ambitions dans l’est congolais, en violation du droit international.
Denis Mukwege alerte également sur la possibilité d’un retour des tensions entre l’Ouganda et le Rwanda sur le sol congolais. Il évoque, à ce titre, le souvenir encore traumatique de la « guerre des six jours » de juin 2000 à Kisangani, qui avait fait des milliers de victimes civiles. Des crimes, souligne-t-il, qui demeurent à ce jour imprescriptibles et largement impunis.
Respect du droit international
Dans sa déclaration, le médecin congolais rejette catégoriquement l’argument de Kigali justifiant sa présence militaire en RDC par des considérations de « défense préventive ». Il rappelle que le droit international ne reconnaît ni la guerre préventive ni la légitime défense anticipée.
La Charte des Nations Unies, insiste-t-il, encadre strictement le recours à la force armée, ne l’autorisant que dans deux cas précis : la légitime défense face à une agression armée avérée ou une autorisation explicite du Conseil de sécurité.
À cet égard, Denis Mukwege cite la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée à l’unanimité, qui exige le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC, le retrait immédiat et inconditionnel des forces rwandaises, ainsi que le démantèlement des structures illégales du M23/AFC.
Face à la gravité de la situation, Denis Mukwege appelle la communauté internationale à sortir de ce qu’il qualifie d’inaction . Il exhorte les États et les institutions internationales à prendre des sanctions fermes contre le Rwanda et ses alliés, afin de mettre fin aux violations répétées du droit international et d’éviter une nouvelle escalade du conflit dans la région des Grands Lacs.
Joslin Lomba
MediaCongo Press
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