Human Rights Watch a publié ce mercredi 10 juin 2026 un rapport de 78 pages au titre glaçant : « Death Was Everywhere » (La mort était partout).
Derrière ces mots graves se cache une réalité insoutenable. Dans l’Est de la République démocratique du Congo, des milliers de Congolais sont systématiquement déshumanisés, traités comme du bétail ou de la chair à canon par le M23 et ses parrains de l’armée rwandaise (RDF).
Ce n’est plus une guerre classique. C’est une entreprise méthodique de chosification d’une population entière.
Depuis mi-2024 jusqu’à fin 2025, le M23, en cobelligérance avec les forces rwandaises, a conduit une vaste campagne de recrutement forcé dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.
Des milliers de Congolais ont été raflés : soldats des FARDC capturés, miliciens, policiers, mais surtout des civils ordinaires, dont des enfants dès l’âge de 12 ans.
Une fois entre les mains du M23, ils sont expédiés dans les camps de « formation » de Rumangabo et Tshanzu. Là, l’horreur est quotidienne : tortures, passages à tabac, exécutions sommaires, travail forcé, privation de nourriture et de soins.
Des centaines sont morts. Certains ont été contraints d’enterrer leurs propres camarades.
« J’étais juste un étudiant. Je n’avais jamais vu un cadavre avant. Ils m’ont fait enterrer des corps sept fois », témoigne un rescapé.
Un autre ajoute : « Si on essayait de boire dans les flaques d’eau par terre, les gardes nous frappaient violemment ».
Human Rights Watch a recueilli 102 témoignages directs, étayés par des preuves irréfutables : vidéos, photos, imagerie satellite. Des soldats rwandais ont été formellement identifiés par les victimes.
Ce que documente le rapport, c’est bien plus que des exactions isolées. C’est la réduction de tout un peuple à l’état d’objet : des êtres humains transformés en ressources exploitables pour une machine de guerre étrangère.
Et si des milliers de personnes ont été directement broyées dans ces camps, ce sont des millions de Congolais qui vivent aujourd’hui en otages dans les territoires contrôlés par le M23. Peur permanente, déplacements massifs, destruction du lien social : toute une région est maintenue sous un régime de terreur et de soumission.
Ces actes constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Alors que la Commission d’enquête indépendante des Nations Unies, créée par le Conseil des droits de l’homme, s’apprête à déployer ses experts sur le terrain à Goma et dans les deux Kivus pour identifier les responsables de ces atrocités, le rapport de Human Rights Watch vient apporter des éléments concrets, récents et accablants.
Cette commission onusienne, longtemps retardée, arrive à un moment critique. Son travail sera d’autant plus déterminant que de nouvelles preuves viennent d’être rendues publiques.
Le temps des constats est révolu. Il est urgent d’exercer une pression immédiate et sans équivoque sur le Rwanda pour qu’il retire ses troupes et cesse son soutien au M23 ; de renforcer les sanctions ciblées contre les commandants et responsables identifiés ; de soutenir pleinement la Commission d’enquête de l’ONU ainsi que l’enquête en cours de la Cour pénale internationale ; d’aider les autorités congolaises à préserver les preuves et à traduire les coupables en justice ; d’apporter une aide humanitaire et de protection massive aux victimes et aux populations prises au piège.
Le rapport de Human Rights Watch n’est pas seulement un document.
C’est un cri d’alarme lancé à la face du monde : on ne peut plus continuer à traiter les Congolais comme des pions ou des objets jetables dans une guerre par procuration, à des fins de prédation.
LM















