La session parlementaire de mars 2026 s’est ouverte le 16 mars dans un contexte tendu, marqué par des défis sécuritaires persistants, des tensions politiques et une conjoncture économique fragile.
À l’Assemblée nationale comme au Sénat, les priorités sont clairement définies, mais sur le terrain, le scepticisme de la population demeure palpable.
Dès l’ouverture, le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a fixé les grandes orientations des travaux.
Au cœur des préoccupations : le suivi rigoureux de l’accord de paix soutenu par Washington, censé contribuer à la stabilisation de l’Est de la République démocratique du Congo et de la région des Grands Lacs. Un dossier sensible qui suscite à la fois vigilance des élus et critiques dans l’opinion publique, certains dénonçant un possible bradage des intérêts nationaux.
Sur le plan économique, la chambre basse prévoit l’organisation d’un débat d’orientation budgétaire le 10 juin. Celui-ci portera sur les équilibres macroéconomiques pour la période 2026-2027.
Parmi les enjeux majeurs figurent la forte dépendance aux recettes minières, la volatilité du dollar américain et la faiblesse de la mobilisation fiscale. En toile de fond, une loi de finances rectificative est attendue, dans un contexte de dépréciation du franc congolais et de réduction des marges budgétaires de l’État.
Au Sénat, son président, Jean-Michel Sama Lukonde, mise sur le dialogue politique comme levier de stabilité. Une approche qui, toutefois, ne fait pas consensus au sein de la classe politique.
Entre lassitude et attentes dans l’opinion
Dans la rue, les réactions oscillent entre désillusion et exigences accrues. « À chaque rentrée parlementaire, nous entendons de belles promesses, mais les résultats se font attendre », déplore Hugues Bwene, cadre à l’Onem. Il appelle le Parlement à mieux informer la population sur l’accord de paix et à dissiper les rumeurs qui alimentent la méfiance.
Rencontré sur le boulevard Triomphal, John Ntuma, taximan, exhorte les élus à « sortir de la politique de l’autruche ». Il plaide notamment pour une réduction du train de vie des institutions : « Il faut que cela se ressente dans la vie quotidienne des Congolais », insiste-t-il, dénonçant un cycle répétitif de promesses non tenues.
Même son de cloche chez Rose Gasala, commerçante, qui rappelle le rôle central du Parlement en matière de contrôle budgétaire. « Les députés doivent convoquer les responsables publics et exiger des comptes », affirme-t-elle, pointant les retards dans les infrastructures et la nécessité de renforcer le suivi de l’exécution des dépenses publiques.
Dialogue national : entre espoirs et méfiance
La question du dialogue national divise profondément l’opinion. Si certains y voient une opportunité d’apaisement, d’autres redoutent une initiative déconnectée des réalités sécuritaires. « Le moment n’est pas encore au dialogue, mais à la fin de la guerre », estime Hugues Bwene, qui appelle également à la mise en place d’une justice transitionnelle pour les crimes commis dans l’Est du pays.
En filigrane, une inquiétude persiste : celle de voir le dialogue servir de prétexte à l’impunité, notamment pour certains groupes armés comme le M23, régulièrement accusés de graves violations des droits humains.
Une session décisive
Entre ambitions politiques et défiance populaire, cette session parlementaire apparaît comme un test majeur pour la crédibilité des institutions. Députés et sénateurs sont plus que jamais attendus sur leur capacité à exercer pleinement leur rôle, notamment en matière budgétaire, et à traduire leurs engagements en actions concrètes.
Cink Inkonge















