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RDC – Rwanda : l’accord de Washington en panne

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Le 4 décembre 2025, à la Maison-Blanche, Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont signé, sous les applaudissements de Donald Trump, la version complète des Accords de Washington pour la paix et la prospérité. Six mois plus tard, jour pour jour, le Groupe d’experts des Nations Unies transmet au Conseil de sécurité un rapport chiffré, méthodique, glaçant : depuis le lancement du processus de Doha en mars 2025, la superficie contrôlée par l’AFC/M23 dans l’Est de la RD Congo a augmenté de plus de 35 %.

18.000 soldats rwandais restent déployés au Nord et au Sud-Kivu

Aucun retrait significatif n’a été observé. Les experts identifient nommément la chaîne de commandement de Kigali, du général James Kabarebe, conseiller défense de Kagame, jusqu’aux commandants de division déployés sur le terrain congolais.

L’écart entre la scène diplomatique et le champ de bataille n’est plus un décalage : c’est un gouffre.
Et ce gouffre a un nom que les documents onusiens n’ont pas mandat de prononcer, mais que l’International Crisis Group formule, à sa manière prudente, dans son rapport n°320 « L’offensive du M23 : une paix insaisissable dans les Grands Lacs » (décembre 2025).

L’analyste Jason Stearns le dit tout haut cette semaine : il n’y a plus de stratégie américaine globale. Son collègue Joshua Walker, lui, parle d’un enracinement durable du M23. Ce ne sont pas des activistes. Ce sont les deux têtes anglophones qui suivent ce conflit depuis quinze ans. Leur convergence dit quelque chose.

Un désengagement en trois masques

Ce qui se joue à Washington n’est pas un retrait spectaculaire. Trump reçoit, signe, communique. Le 5e Comité de supervision conjointe s’est réuni le 23 avril à Washington ; le Département d’État a produit ses habituels communiqués. En apparence, Washington est présent. Mais en apparence seulement. Il faut distinguer trois formes de désengagement et voir laquelle s’applique.

  • Le premier, le retrait politique complet, n’a pas eu lieu.
  • Le deuxième, le « désengagement institutionnel », est le vrai visage de ce moment. Il est massif, documenté, et concret.
  • Le troisième, la « réorientation d’objectif », de la paix vers les minerais, en est la substance cachée.

L’International Crisis Group, qui n’est pas tenu par les réserves diplomatiques onusiennes, décrit ce basculement en une phrase clef : si Washington relâche le pilotage du volet RDC-Rwanda, ce sera aux puissances africaines de reprendre la main.

La formule est courtoise. Elle recouvre un aveu lourd : le format actuel ne fonctionne plus, et son principal architecte est en train de s’en défausser.

Les sanctions américaines du 2 mars 2026 contre les Forces de défense rwandaises et quatre commandants ont été qualifiées de cosmétiques par l’Oakland Institute dans son rapport « Shafted: The Scramble for Critical Minerals in the DRC ».

Elles n’ont affecté ni les accords miniers américains avec des entités liées à Kigali, ni les partenariats stratégiques, ni la présence de Ngali Holdings (25 % des mines d’étain de Rutongo, participation attribuée aux RDF) dans le réseau minier rwandais.

Human Rights Watch, dans son analyse du 17 juin dernier signée par Philippe Bolopion et Clémentine de Montjoye, arrive au même diagnostic : les sanctions ont produit un effet d’annonce, pas un effet de rupture.

Le fait que l’ONU documente trois mois plus tard un maintien du dispositif militaire rwandais qui double ses effectifs déployés en RDCongo en dit long.

Et il n’existe aucun mécanisme de vérification autonome.

La vérification est confiée à un dispositif conjoint ICGLR-MONUSCO dont les deux camps constatent la défaillance.

La réunion de Montreux, en avril 2026, censée relancer le processus de Doha, n’a produit aucune avancée substantielle.

Le Groupe d’experts note sobrement que la détérioration au Moyen-Orient a relégué le dossier au second plan. C’est la manière onusienne de dire ce que l’ICG formule plus explicitement.

Un seul détail suffit à comprendre le basculement stratégique en cours.

James Kabarebe, sanctionné par le Trésor américain début 2025 pour avoir orchestré le soutien rwandais au M23, coordonné l’exportation des minerais congolais et géré les revenus qui en découlent, est aujourd’hui ministre d’État rwandais chargé de l’intégration régionale. Autrement dit, la personne visée par les sanctions américaines pour son rôle dans le pillage est l’interlocuteur officiel rwandais pour l’exécution du volet économique des Accords que Washington a lui-même parrainés.

L’Oakland Institute résume la manœuvre : le cadre d’intégration régionale négocié à Washington ne combat pas le blanchiment des minerais congolais via Kigali. Il l’institutionnalise sous label de coopération.
C’est ici que la lecture de l’ICG rejoint la démonstration factuelle du Groupe d’experts. Ce qui apparaît de loin comme une contradiction stratégique, sanctionner puis négocier avec la même personne, devient parfaitement cohérent si l’objectif de Washington n’est plus la paix, mais l’accès aux minerais critiques.

Sans reprise en main crédible du dossier, c’est-à-dire, sans un acteur capable d’imposer un coût réel à Kigali, ce que l’ICG appelait en décembre un « décalage inquiétant » deviendra ce que le prochain rapport onusien risque de désigner, dans son vocabulaire prudent, comme un fait accompli.

 

LM

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