MediaCongo Press > BLOG > A la une > Dialogue national : espoir fragile, doutes persistants
L’appel du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, en faveur de l’organisation d’un dialogue national inclusif et apaisé continue de susciter des réactions contrastées à travers le territoire national. À Matadi, dans le Haut-Uele et au Maniema, acteurs politiques, membres de la société civile et analystes expriment des positions divergentes sur l’opportunité, les modalités et les objectifs réels de ce dialogue, réclamé par une partie de l’opposition et soutenu par certains partenaires occidentaux.
Dans le Kongo-Central, à Matadi, certains cadres politiques saluent l’initiative présidentielle. Amani Kasali Placide, de l’UDPS, estime que ce dialogue s’inscrit dans la vision d’Emery Patrice Lumumba, selon laquelle les Congolais doivent eux-mêmes écrire leur histoire. Il considère cette démarche comme une occasion historique de repenser en profondeur les mécanismes de gouvernance du pays.
Toutefois, des voix s’élèvent pour mettre en garde contre un dialogue qui pourrait déboucher sur un partage du pouvoir. Mme Régine Tshiama, de la société civile locale, insiste sur la nécessité de privilégier la compétence et les besoins nationaux, soulignant que la fin de la guerre doit rester l’objectif principal.
Dans le Haut-Uele, le débat se focalise davantage sur les conditions de l’organisation du dialogue. Me David Masandi Shabani, de la société civile, estime que le problème ne réside pas dans la tenue du dialogue en RDC, mais dans l’absence d’un médiateur neutre. Selon lui, une partie impliquée dans le conflit ne peut se poser en arbitre sans risquer d’être à la fois juge et partie. Il plaide également pour le retour des opposants en exil, assorti de garanties sécuritaires et politiques.
Achil Omar, pour sa part, se montre très critique, estimant que les dialogues organisés à chaque mandat présidentiel n’ont jamais produit de résultats concrets. Il redoute que ce nouveau cadre ne débouche, une fois de plus, sur un partage des postes et une remise en question du sens même des élections.
À Faradje, Me Alphonse Timothée Tshiefu, défenseur des droits de l’homme, soutient les préalables posés par le président de la République, notamment l’exclusion de toute forme d’impunité. Il s’oppose cependant à une médiation confiée à la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et à l’Église du Christ au Congo (ECC), qu’il accuse d’avoir pris position dans le conflit. Pour lui, le dialogue doit être une initiative souveraine des Congolais et non une réponse à des pressions extérieures, soulignant que la crise sécuritaire à l’Est relève d’une agression armée nécessitant aussi des réponses diplomatiques et judiciaires internationales.
Au Maniema, les avis restent tout aussi partagés. Héritier Zahinda, de la société civile populaire, considère le dialogue comme une voie incontournable pour mettre fin à la guerre, estimant que l’option militaire a montré ses limites et que seule une discussion centrée sur le bien-être de la population peut ramener la paix.
Zadig Kambale, du Conseil provincial de la jeunesse, abonde dans le même sens, tout en mettant en garde contre les risques d’impunité qui ont marqué les dialogues précédents.
À l’inverse, l’analyste politique Diego Mayitu affirme que l’expérience congolaise démontre que les dialogues successifs n’ont jamais apporté une paix durable, mais plutôt favorisé le partage du pouvoir. Il dénonce ce qu’il qualifie d’hypocrisie de certains acteurs internationaux et plaide pour que seuls les acteurs non impliqués dans les violences participent au dialogue, tandis que la justice devrait se charger des auteurs de crimes.
Enfin, Nicolas Mbaluku, cadre du parti Leadership et gouvernance pour le développement (LGD) de Matata Ponyo, remet en cause la faisabilité du dialogue tel que proposé. Il estime que les lignes rouges fixées par le chef de l’État limitent la participation de certains acteurs clés et s’interroge sur la possibilité d’organiser un dialogue exclusivement sur le territoire national dans un contexte sécuritaire toujours fragile.
À travers ces différentes prises de position, le dialogue national apparaît à la fois comme une opportunité et une source de méfiance, reflétant les profondes divergences qui traversent la classe politique et la société congolaise quant aux voies à emprunter pour sortir durablement de la crise.
La Rédaction
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