En République démocratique du Congo, il est devenu courant que les jours fériés coïncidant avec un week-end soient reportés au premier jour ouvrable suivant, généralement le lundi. Cette pratique, justifiée par le ministère de l’Emploi et du Travail à la suite du passage de la semaine française à la semaine anglaise, suscite néanmoins des interrogations quant à son impact économique.
Si cette mesure permet aux travailleurs de bénéficier pleinement des jours de repos prévus par la loi, elle entraîne également un ralentissement de l’activité économique sur l’ensemble du territoire national. Une situation qui représente un manque à gagner important pour le Trésor public.
Interrogé sur cette question, l’économiste Juress Munongo estime que chaque journée supplémentaire d’inactivité a des conséquences directes sur les recettes de l’État.
« L’économie est essentiellement alimentée par les activités commerciales, industrielles et de services. Lorsqu’une journée entière est déclarée fériée, une grande partie de ces activités tourne au ralenti ou s’arrête complètement, ce qui réduit automatiquement les recettes fiscales de l’État », explique-t-il.
Selon cet expert, plusieurs impôts sont directement affectés par la baisse de l’activité économique. Le premier concerne la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA), principal impôt sur la consommation. Lorsque les commerces, entreprises et autres activités économiques fonctionnent au ralenti, les transactions diminuent, entraînant mécaniquement une baisse des recettes générées par la TVA.
L’Impôt sur les sociétés (IS) récemment appelé Impôt sur les Bénéfices et Profits (IBP) est également concerné. Les entreprises réalisant moins de chiffre d’affaires lors de ces journées d’inactivité, leurs bénéfices potentiels diminuent, ce qui réduit à terme la base imposable sur laquelle cet impôt est calculé.
L’économiste souligne également l’impact sur l’Impôt Mobilier, dont l’assiette fiscale repose notamment sur les dividendes versés aux actionnaires.
Une baisse des bénéfices des entreprises se traduit généralement par une diminution des dividendes distribués et, par conséquent, des recettes fiscales correspondantes.
D’autres secteurs ne sont pas épargnés. Les activités de transport, par exemple, connaissent souvent un ralentissement lors des jours fériés. Cette situation peut avoir des répercussions sur certaines taxes liées à la circulation routière et aux activités de transport.
Au-delà des pertes fiscales directes, Juress Munongo attire l’attention sur les effets indirects de cette pratique sur la productivité nationale.
« Lorsque le jour férié tombe déjà un samedi ou un dimanche, le reporter au lundi revient à ajouter une journée supplémentaire de ralentissement économique. À l’échelle d’un pays-continent comme la RDC, l’accumulation de ces journées d’inactivité peut représenter un coût non négligeable pour l’économie nationale », souligne-t-il.
Toutefois, certains observateurs estiment que les jours fériés contribuent également au bien-être des travailleurs et à la cohésion sociale, ce qui peut avoir des effets positifs sur la productivité à long terme. Une chose demeure certaine : chaque journée d’arrêt des activités économiques entraîne une diminution temporaire des flux financiers qui alimentent les recettes publiques. Reste à savoir si les avantages sociaux liés au report des jours fériés compensent réellement le manque à gagner enregistré par l’État.
Joslin Lomba















