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36 ans du multipartisme en RDC : entre avancées démocratiques et dérives persistantes (entretien avec Henri Mutombo, analyste politique)

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24 avril 1990 – 24 avril 2026. Cela fait 36 ans jour pour jour depuis que le feu président Mobutu Sese Seko avait annoncé l’instauration du multipartisme en République démocratique du Congo, alors Zaïre.

Sous la pression croissante d’un groupe de treize parlementaires réformateurs, dans un contexte de fortes revendications politiques et sociales, le maréchal Mobutu avait fini par ouvrir l’espace politique, mettant ainsi fin au monopartisme de fait.

Cette décision visait à garantir à chaque citoyen la liberté d’adhérer au parti politique de son choix et à instaurer une nouvelle dynamique démocratique.

Trente-six ans plus tard, la rédaction de Mediacongo Press dresse le bilan de cette expérience à travers un entretien accordé par Henri Mutombo, analyste politique congolais, qui livre une lecture nuancée du multipartisme en RDC.

Des acquis démocratiques reconnus

Selon lui, la réforme a permis des avancées notables, notamment en matière de démocratie et de liberté d’expression, plaçant le pays parmi les mieux positionnés dans la sous-région des Grands Lacs.

« Il n’y a pas de primaires dans nos partis politiques. Si demain le fondateur disparaît, le parti disparaît souvent avec lui. Sa succession se fait soit par son fils, soit par son épouse. Cela doit changer. Sur le plan de la liberté d’expression, la RDC occupe quand même une place de choix. Il faut reconnaître qu’il y a beaucoup d’avancées. Si vous regardez dans la sous-région des Grands Lacs, la RDC se positionne en tête. Au Rwanda, par exemple, il n’y a pas cette liberté, pas plus qu’en Ouganda ou au Congo-Brazzaville », a-t-il déclaré.

Des limites structurelles persistantes

L’analyste souligne toutefois que le multipartisme congolais souffre encore d’importantes faiblesses structurelles, notamment en raison d’un manque d’encadrement institutionnel et idéologique.

Il dénonce la prolifération de partis politiques sans vision claire, ni véritable projet de société.

« Nous sommes passés du monopartisme au multipartisme, mais sans véritable encadrement. Le seul avantage est la liberté d’expression, car il n’y a plus d’imposition. Malheureusement, il y a une absence d’idéologie et de vision dans ces partis. Les présidents y règnent sans partage, et leur succession se fait selon les affinités avec le fondateur », a-t-il expliqué.

Vers une rationalisation de l’espace politique ?

Interrogé sur les réformes à envisager, Henri Mutombo recommande l’adoption d’une loi destinée à rationaliser l’espace politique, aujourd’hui marqué par une fragmentation excessive.

« Au départ, l’objectif était de limiter à trois partis, mais aujourd’hui, on en compte des milliers. Il est impératif qu’une loi soit votée par l’Assemblée nationale pour encadrer cet espace politique. Cette prolifération de partis, qui poussent comme des champignons, doit cesser, car elle donne une mauvaise image de la RDC », a-t-il conclu.

Selon la dernière liste publiée en 2023 par le ministère de l’Intérieur, la RDC comptait officiellement 910 partis politiques.

Trente-six ans après l’ouverture démocratique du 24 avril 1990, le multipartisme congolais apparaît ainsi comme un acquis réel, mais encore confronté à de profondes dérives organisationnelles et institutionnelles.

 

Bernard Mpoyi

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