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Kabila : Kinshasa condamne, Washington sanctionne, l’ONU confirme

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Le dernier rapport des Experts des Nations Unies sur la République Démocratique du Congo vient corroborer, pièce à l’appui, la condamnation à mort de Joseph Kabila pour haute trahison et son inscription sur la liste noire des sanctions du Trésor américain.

Une cour militaire l’a condamné à mort. Une administration américaine l’a coupé du système financier mondial. Et voilà qu’un panel d’experts internationaux, que rien ne coordonne avec les deux premières, dresse le même portrait, dans les mêmes termes : celui d’un ancien président devenu pièce maîtresse d’une rébellion soutenue par le Rwanda.

Le rapport S/2026/466 n’accuse pas Joseph Kabila. Il fait pire pour lui : il confirme.

Il fut chef de l’État pendant dix-huit ans. Aujourd’hui, Joseph Kabila apparaît, dans les pages du dernier rapport des experts des Nations Unies, non plus comme un ancien président retiré de la vie publique, mais comme l’une des pièces politiques centrales d’une rébellion armée soutenue par le Rwanda. Et ce que ce rapport décrit, deux autres instances l’avaient déjà tranché avant lui : la justice militaire congolaise qui l’a condamné à mort pour haute trahison, et le Trésor américain qui l’a frappé de sa sanction la plus lourde.

Trois logiques distinctes, un seul et même verdict de fait.

Le rapport qui documente

Le rapport final du Groupe d’experts sur la République de juin 2026 ne se contente pas d’effleurer le nom de l’ancien président. Il le place au cœur de la mue politique de l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 mars (AFC/M23).

Tout part d’un rapprochement que les experts qualifient de public et de plus en plus étroit. À partir de mai 2025, Kabila cesse de gouverner par procuration idéologique et se rend physiquement sur le territoire tenu par la rébellion, où il rencontre à plusieurs reprises les hauts responsables du mouvement (§57). Ce ne sont pas des visites de courtoisie. Elles dessinent une alliance qui s’assume au grand jour.

Cette alliance a un objectif, et le rapport ne le dilue pas. Aux côtés de Corneille Nangaa, coordinateur de l’AFC, ancien patron de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Kabila nourrit l’ambition de s’emparer du pouvoir à Kinshasa (§63). L’enjeu n’est donc pas le contrôle de quelques collines du Kivu : c’est le sommet de l’État qui est visé .

Pour y parvenir, une courroie de transmission civile : la plateforme « Sauvons la RDC », initiée par l’ancien président, qui appelle à un soulèvement populaire et affiche un soutien au changement de régime dont les objectifs épousent ceux de l’AFC/M23 (§59).

Le rapport va plus loin dans la mécanique du pouvoir. Des sources internes évoquent une refonte imminente de la direction du mouvement, un possible changement de nom, et un rôle de premier plan réservé à Kabila lui-même (§58).

Autour de lui gravite un homme : Moïse Nyarugabo, ancien sénateur décrit comme l’un de ses plus proches, dont l’influence ne cesse de croître au sein de la rébellion (§60).

Mais l’apport le plus tranchant du rapport tient à la lecture stratégique qu’il propose.

Si Kabila s’expose ainsi, ce n’est pas seulement par conviction. Sa visibilité semble destinée à occulter le rôle du Rwanda, en accréditant le récit commode d’un mouvement congolais répondant à un problème congolais (§59).

Autrement dit, l’ancien président servirait de paravent congolais à une entreprise pilotée depuis Kigali. Le rapport note d’ailleurs une fissure : quand Kabila et Nangaa rêvent de marcher sur Kinshasa, la plupart des chefs militaires du M23, eux, refusent toute aventure au-delà du Nord-Kivu et du Sud-Kivu (§63).

L’ambition politique dépasse le calcul des armes.

Le verdict qui condamne

Ce que les experts décrivent, la justice congolaise l’avait déjà nommé. Le rapport le rappelle lui-même qu’en septembre 2025, la Haute Cour militaire de la RDC a condamné Joseph Kabila à mort, par défaut, pour trahison et organisation d’une insurrection, en lui reprochant explicitement d’avoir collaboré avec l’AFC/M23 (§57).

La coïncidence n’a rien d’anodin. Le chef d’accusation retenu par les juges militaires, dont la collaboration avec la rébellion pour déstabiliser l’État, est exactement ce que le Groupe d’experts reconstitue ensuite, fait après fait : les déplacements en zone rebelle, les réunions avec l’état-major du mouvement, l’appel au soulèvement, la course au pouvoir central.

Là où Kinshasa a prononcé une peine, l’ONU apporte sa démonstration. Le verdict de haute trahison cesse d’être une affaire intérieure contestable : il trouve son écho dans un document international indépendant.

De l’autre côté, les motifs invoqués par le Trésor américain recoupent, presque mot pour mot, le rapport onusien. L’OFAC reproche à Kabila d’avoir soutenu l’AFC pour peser sur la situation politique dans l’Est, d’avoir incité des soldats des FARDC à déserter pour rejoindre la rébellion, d’avoir cherché à lancer des attaques depuis l’étranger contre l’armée congolaise, et d’avoir manœuvré pour installer un candidat opposé au président en exercice afin de reprendre la main sur le gouvernement.

Soutien à la rébellion, sape de l’appareil militaire, reconquête du pouvoir… c’est la trame exacte des paragraphes 57 à 63 du Rapport des Experts de l’ONU.

LM

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