MediaCongo Press > BLOG > A la une > Minerais de sang : Washington sanctionne Kigali, l’UE insensible au pillage
Le 25 juin 2026, Washington a porté un coup direct au cœur du système de financement du M23. Le Trésor américain a sanctionné six cibles, dont Gasabo Gold Refinery, son président Jean Malic Kalima, son directeur général Bosco Kayobotsi et trois sociétés minières rwandaises contrôlées par ce dernier, pour leur rôle dans le blanchiment et l’exportation illégale de l’or et d’autres minerais extraits des zones contrôlées par le M23 en RDC.
Ces sanctions suivent le récent rapport de l’ONG Global Witness qui avait prouvé le pillage des minerais 3T congolais par le Rwanda, avec ses ramifications internationales.
Ces nouvelles sanctions américaines, qui visent explicitement le réseau de contrebande coordonné avec les rebelles et les forces rwandaises, rendent encore plus scandaleux le Memorandum of Understanding (MoU) signé en février 2024 entre l’Union européenne et le Rwanda sur les chaînes de valeur durables des matières premières critiques.
Un accord européen qui sent le soufre
Ce MoU, présenté à l’époque comme un partenariat « vert » et « responsable » pour sécuriser l’approvisionnement européen en tantale, étain, tungstène, or et autres minerais stratégiques, permet à Kigali de se positionner comme un hub de raffinage et d’exportation vers l’Europe. Pourtant, selon les Nations Unies, les experts américains et de nombreuses ONG, une grande partie de ces minerais provient en réalité du pillage des mines de l’Est de la RDC occupées par le M23 avec le soutien direct de l’armée rwandaise.
Le contraste est saisissant.
Alors que les États-Unis sanctionnent aujourd’hui le cœur même de ce réseau de blanchiment minier, l’Union européenne continue de maintenir un accord qui légitime et facilite l’intégration de ces minerais de sang dans les chaînes d’approvisionnement européennes.
Le Parlement européen avait déjà tiré la sonnette d’alarme
Le 13 février 2025, le Parlement européen a adopté, à une très large majorité (443 voix pour, seulement 4 contre et 48 abstentions), une résolution ferme demandant la suspension immédiate du MoU UE-Rwanda. Les eurodéputés y condamnaient sans ambiguïté le soutien de Kigali au M23 et exigeaient que l’accord soit gelé « jusqu’à ce que le Rwanda cesse toute ingérence en RDC, y compris l’exportation de minerais extraits des zones contrôlées par le M23 ».
Ils parlaient même de « minerais tachés de sang » et regrettaient l’inaction de la Commission et du Conseil face à la crise.
Plus d’un an plus tard, malgré les appels répétés du Parlement et les nouvelles preuves accumulées (y compris les sanctions américaines successives sur la RDF en mars 2026 et sur le réseau de raffinage en juin 2026), le MoU n’a toujours pas été suspendu.
Les nouvelles sanctions américaines du 25 juin 2026 illustrent parfaitement l’ampleur du pillage organisé : des soldats rwandais escortant l’or et les minerais 3T des zones du M23 jusqu’à la raffinerie Gasabo à Kigali, sous le nez et la bénédiction d’un accord européen qui prône la « durabilité » et la « traçabilité ».
Cette géocriminalité, entendez l’occupation militaire d’un territoire souverain, l’extraction illégale de ses ressources et le blanchiment via des circuits « officiels » rwandais, continue d’être récompensée par un partenariat stratégique avec l’UE au moment même où Washington la sanctionne.
On peut légitimement se demander si, face à cette nouvelle salve de sanctions américaines qui visent directement le cœur du système de financement du M23, l’Union Européenne et plus particulièrement la Commission Européenne dirigée par Mme Ursula von der Leyen, reviendra enfin à la raison.
Suspendra-t-elle enfin ce MoU « de la honte », comme le réclame son propre Parlement depuis plus d’un an ? Sanctionnera-t-elle à son tour, comme les États-Unis l’ont fait, les acteurs rwandais impliqués dans ce pillage systématique des richesses congolaises ?
Tant que Bruxelles maintiendra cet accord tout en condamnant mollement les violations rwandaises, elle continuera d’envoyer un signal dangereux : celui que l’Europe est prête à fermer les yeux sur l’occupation et le pillage d’un pays frère africain, du moment que cela lui garantit un accès « sécurisé » à des minerais critiques pour sa transition écologique.
Le peuple congolais, lui, attend toujours que la justice internationale et européenne rattrape enfin la réalité du terrain : un État voisin qui pille ses ressources avec l’armée et des milices, pendant que certains à Bruxelles signent des partenariats « durables ».
L’heure des choix est venue.
Washington a choisi de sanctionner les pilleurs, en tant que mesure additionnelle pour faire des pressions contre l’occupation de la RDCongo.
L’Europe va-t-elle enfin cesser sa complicité ?
LM
MediaCongo Press
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