Instauré le 6 mai 2021 par le président Félix Tshisekedi, l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri devait marquer un tournant décisif dans la lutte contre l’insécurité dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Cinq ans plus tard, le bilan reste largement contesté. Entre persistance des groupes armés, massacres de civils et frustrations populaires, de nombreuses voix s’élèvent désormais pour réclamer sa levée.
Une mesure exceptionnelle aux résultats limités
À l’origine, l’état de siège visait à neutraliser les groupes armés et restaurer l’autorité de l’État en confiant les pouvoirs civils aux militaires. Si les autorités mettent en avant certaines avancées, notamment la reprise de localités et un relatif retour des déplacés dans certaines zones, ces résultats restent jugés insuffisants par une grande partie de la population.
Dès les premières années, plusieurs analyses ont montré que la situation sécuritaire ne s’améliorait pas de manière significative. Au contraire, les violences contre les civils ont parfois augmenté, avec plus de 2 500 morts recensés en une seule année après son instauration.
Des groupes armés toujours actifs
Cinq ans après, l’objectif principal, éradiquer les groupes armés, est loin d’être atteint. Dans les territoires de Beni, Irumu ou Djugu, des groupes comme les ADF (Forces Démocratiques et Alliés) ou les milices locales continuent de semer la terreur.
Malgré des opérations militaires conjointes, notamment l’opération Shujaa menée avec l’Ouganda, ces groupes restent capables de mener des attaques meurtrières.
Par ailleurs, la prolifération de milices d’autodéfense, comme les Wazalendo, illustre la volonté de la population à venir en aide à l’armée régulière.
La population toujours victime de massacres
Sur le terrain, les civils continuent de payer le prix fort. Les massacres, enlèvements et déplacements massifs restent une réalité quotidienne dans plusieurs zones.
En Ituri, par exemple, des centaines de civils ont encore été tués ces dernières années, empêchant le retour de plus d’un million de déplacés dans leurs villages.
Cette insécurité persistante s’inscrit dans un cycle de violence plus large qui affecte l’Est du pays depuis plus de deux décennies, mêlant conflits armés, rivalités communautaires et luttes pour le contrôle des ressources naturelles.
Une gouvernance militarisée contestée
Au-delà de la question sécuritaire, l’état de siège a profondément modifié la gouvernance locale. La suspension des institutions civiles et leur remplacement par des autorités militaires ont suscité de nombreuses critiques.
Des organisations de défense des droits humains dénoncent des abus, des arrestations arbitraires et une restriction des libertés publiques. Des militants de la société civile ont même été arrêtés pour avoir critiqué cette mesure.
Cette militarisation de l’administration a également renforcé la méfiance entre la population et les autorités, tout en limitant les mécanismes de redevabilité.
La société civile réclame la fin de l’état de siège
Face à ce bilan jugé globalement négatif, la société civile du Nord-Kivu et de l’Ituri monte au créneau. De plus en plus d’acteurs locaux considèrent que l’état de siège n’a pas atteint ses objectifs et qu’il aggrave même certaines dynamiques de violence et de gouvernance.
Des organisations citoyennes, des leaders communautaires et même certains responsables politiques appellent désormais à sa levée pure et simple, ou à une révision profonde de la stratégie sécuritaire.
Pour eux, la solution passe par une approche plus globale : réforme de l’armée, justice efficace, dialogue communautaire et développement socio-économique.
Quel avenir pour la sécurité dans l’Est ?
Cinq ans après son instauration, l’état de siège apparaît comme une réponse incomplète à une crise complexe. Si certaines avancées sont reconnues, elles restent largement éclipsées par la persistance de l’insécurité et des souffrances des populations.
Le défi pour les autorités congolaises est désormais clair : sortir d’une logique exclusivement militaire pour construire une paix durable. Sans cela, l’Est de la RDC risque de rester prisonnier d’un cycle de violences qui, malgré les mesures exceptionnelles, continue de se perpétuer.
LM















