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Marge d’endettement de la RDC : Adolphe Muzito appelé à la prudence

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Les déclarations du vice-Premier ministre et ministre du Budget, Adolphe Muzito, sur la capacité d’endettement de la République démocratique du Congo (RDC) suscitent des réactions dans l’opinion. Alors que le ministre estime que le pays dispose encore d’une importante marge pour recourir à l’emprunt, Florimond Muteba et Éric Kamba mettent en garde contre une lecture limitée au seul ratio dette/PIB.

Lors de son exercice de redevabilité face à la presse, Adolphe Muzito a estimé que la RDC reste relativement peu endettée. Il a notamment évoqué une dette extérieure d’environ 11 milliards de dollars pour un Produit intérieur brut (PIB) estimé à 137 milliards de dollars. Sur cette base, le ministre considère que le pays pourrait théoriquement accroître significativement son endettement, jusqu’à atteindre 100 milliards de dollars, afin de financer ses besoins de développement.

Cette lecture ne convainc pas totalement Florimond Muteba, président du Conseil d’administration de l’Observatoire de la dépense publique (ODEP). Pour lui, le ratio entre la dette et le PIB ne peut, à lui seul, déterminer le niveau d’endettement soutenable pour la RDC.

Il estime notamment que la structure de l’économie congolaise doit être intégrée dans l’analyse. Qualifiant cette économie d’« extravertie », Florimond Muteba souligne qu’une partie importante de la richesse produite ne reste pas dans l’économie nationale, notamment en raison des flux de capitaux et des intérêts liés aux investissements et financements extérieurs.

« Le ratio est faussé lorsqu’il est calculé chez nous, on le prend pour une base pour s’endetter », soutient-il dans une interview accordée à Deskeco.

Pour le responsable de l’ODEP, la comparaison avec des économies comme celle des États-Unis doit donc être maniée avec précaution. La capacité d’un État à supporter une dette dépend, selon lui, moins du seul volume de sa production que de sa capacité réelle à générer des ressources en devises et des recettes publiques suffisantes pour assurer le remboursement des emprunts.

Éric Kamba, géostratège et analyste des relations internationales, établit pour sa part dans une tribune consacrée sur le sujet, une distinction entre la capacité théorique d’emprunt d’un État et l’opportunité de recourir effectivement à davantage de dette.

Selon lui, un ratio dette/PIB relativement faible constitue avant tout un indicateur macroéconomique. Il ne signifie pas automatiquement qu’un nouvel endettement sera soutenable ou économiquement productif.
« Une dette n’est pas une richesse », souligne-t-il, estimant que l’emprunt ne devient un véritable instrument de développement que lorsqu’il permet de financer des infrastructures, des capacités productives et des investissements susceptibles de générer durablement de la valeur économique et sociale.

Pour Éric Kamba, l’enjeu consiste ainsi moins à déterminer combien la RDC peut encore emprunter qu’à mesurer ce que chaque dollar supplémentaire de dette pourrait produire pour l’économie nationale.

Il met notamment en avant plusieurs facteurs à surveiller : le niveau des recettes publiques, la vulnérabilité des exportations aux fluctuations des cours des matières premières et l’utilisation effective des ressources empruntées.

Ces réserves ramènent le débat à la question de la soutenabilité de la dette et de l’efficacité de la dépense publique. Pour les deux analystes, l’existence d’une marge d’endettement calculée à partir du ratio dette/PIB ne dispense pas l’État de démontrer sa capacité de remboursement et l’impact économique attendu des nouveaux emprunts.

Avant d’envisager une hausse substantielle de l’endettement public, Éric Kamba appelle ainsi à la mise en place d’une « véritable architecture nationale d’investissement », permettant d’identifier les secteurs prioritaires, les rendements attendus des projets financés par la dette et leur contribution aux recettes futures de l’État.

 

Djodjo Vondi

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